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00:00 Bien. Donc je suis infectiologue. Je ne suis pas chirurgien, je suis désolé.
00:05 C'est un handicap que je n'ai jamais essayé de surmonter.
00:10 Et ce ne sont pas les images d'intervention qui ont été montrées tout à l'heure qui me feront changer d'avis.
00:18 J'aurais vraiment trop peur de passer à côté de ce qu'il faut faire.
00:24 Donc merci de m'avoir invité dans la banlieue de Grenoble pour vous traiter d'un sujet qui est rare.
00:37 Alors la commande c'était rare.
00:39 Donc voilà, quelle est la place du chirurgien dans le rare ?
00:44 Alors on va voir ça tout de suite en fanfare avec un patient de 45 ans.
00:50 Il a des troubles aigus de la conscience.
00:52 C'est un sportif montagnard non immunodéprimé connu.
00:57 Il est presque normal. Il est savoyard.
00:59 Il a une sérologie VIH qui est négative.
01:05 Il n'a pas fait de voyage exotique.
01:07 Les savoyards voyagent assez peu.
01:08 C'est la montagne.
01:10 Donc pas de voyage. J'espère qu'il n'y en a pas beaucoup parmi vous.
01:15 Il n'y a pas de voyage exotique.
01:17 Il a fait, semble-t-il, une pneumonie il y a un mois qui a été spontanément résolutive.
01:23 En fait, le diagnostic, c'est vraiment l'impression de la famille essentiellement.
01:30 Il n'y a pas d'hyperleucocytose périphérique.
01:32 Et il a une radio pulmonaire qui ne montre pas d'anomalie.
01:36 Et il n'a aucun souffle cardiaque.
01:39 Là-dessus, il se présente.
01:42 Alors je vous passe les intermédiaires.
01:45 Et voilà.
01:45 Mon Dieu, mon Dieu, qu'arrive-t-il ?
01:48 Alors nous autres médecins, ça nous impressionne.
01:51 Alors là-dessus, on se dit, qu'est-ce que c'est ?
01:55 Et à ce stade et sans aucune étiologie, on fait appel.
02:01 C'est un patient qui a été hospitalisé à Grenoble il y a trois semaines.
02:07 Donc vous allez être tout frais.
02:08 Et donc là, on fait appel à un système qu'on a mis en place,
02:12 qui est un système d'aide aux infections du système nerveux central compliqué,
02:19 qui comprend des neurologues, des radiologues, épidémiologistes, microbiologistes,
02:27 et infectiologues bien entendu.
02:29 Et parmi les neurologues, il y en a un éminent qui est à côté de chez vous,
02:32 qui est Jérôme Honnorat.
02:35 Et donc, on fait passer tout ça,
02:37 et il y a un certain nombre de diagnostics qui se font jour.
02:40 À votre avis, qu'est-ce que vous, vous auriez donné comme première réflexion,
02:47 comme première piste diagnostique ?
02:49 Mais il est clair que si vous marmonnez, personne n'entendra rien.
02:56 Donc parlez haut et fort.
02:58 Elle est là, c'est tout.
03:00 Une idée ? Pas l'idée ?
03:04 De toute façon, les éminents spécialistes, y compris les collègues américains
03:09 à qui on a fait passer les images, se sont tous plantés.
03:12 Donc si vous plantez, c'est normal.
03:13 Oui ?
03:17 Moi j'aurais dit la neurocysticercose.
03:18 Neurocysticercose, oui.
03:20 Nocardiose.
03:23 Tuberculose.
03:25 Il n'est pas immunodéprimé, hein.
03:29 Enfin, rien de visible.
03:35 Un petit peu de champignons, des fois ?
03:39 Un petit peu de champignons.
03:41 Allez, savoyard, champignons, ça va avec.
03:44 OK.
03:45 Pour mettre dans la fondue.
03:46 OK.
03:47 Donc, la biologie du LCS, on a 100 lymphocytes,
03:51 on a une protéinorachie,
03:53 qui n'est pas normale, mais qui n'est pas monstrueuse non plus.
03:56 Une glycorachie qui est normale.
03:59 Glucose dans le LCS, je ne sais pas si ça vous sert à quelque chose,
04:02 mais nous, infectiologues, on a cessé de le regarder.
04:04 Examen bactériologique direct négatif
04:08 et les PCR de première ligne,
04:12 celles qui sont recommandées, que vous connaissez.
04:14 HSV, VZV négatives.
04:17 OK.
04:19 Et voilà ce que notre panel comprenant,
04:23 je vous le rappelle,
04:24 parce que ça fait toujours bien quand même,
04:26 on a tendance à croire qu'ils sont bien meilleurs que nous,
04:28 même si c'est faux,
04:28 les collègues américains.
04:31 Donc, j'ai tout mixé.
04:33 Voilà les avis qui sont donnés.
04:34 Alors, effectivement, tuberculose, vous l'aviez dit.
04:37 Aspergillose, bon,
04:39 bien que non immunodéprimé.
04:41 Les métastases d'un cancer.
04:43 C'est les neurologues qui nous disaient ça.
04:47 Parmi les possibilités,
04:49 et en particulier un poumon.
04:51 Cysticercose, effectivement,
04:53 je l'ai entendu.
04:55 Et puis, d'autres étiologies.
04:56 Donc, j'ai entendu nocardia,
04:57 j'ai entendu quoi d'autre encore.
04:59 Je ne sais plus quoi.
05:00 Et en fait,
05:03 on arrive là-dessus,
05:05 et c'est là où le neurochirurgien devient indispensable,
05:08 évidemment.
05:09 c'est qu'on n'a aucune piste biologique.
05:11 On n'a pas de piste épidémiologique bien précise,
05:14 Savoyard.
05:15 Il y en a des paquets de Savoyard.
05:18 Et donc,
05:19 on n'a pas d'autre alternative,
05:21 et on se dit,
05:22 ah, il faut une biopsie.
05:23 Jean-Paul,
05:24 tu ne nous as pas dit
05:26 s'il n'y avait rien d'autre au scanner,
05:29 au barrage du poumon.
05:30 Non, radio du poumon normal.
05:32 Radio du poumon normal
05:34 et cocaire normal.
05:35 Et rien d'autre.
05:38 Alors, on a fait de l'examen clinique.
05:40 Là, on est dans la rapidité.
05:41 Et ensuite,
05:43 il y a eu un scan Total Body,
05:45 un PET scan même,
05:47 qui ne montrait rien.
05:48 Ok, on décide une biopsie.
05:52 On décide une biopsie,
05:54 et il y en a un parmi vous
05:56 qui aurait touché le jackpot.
05:58 Il y en a un parmi vous
06:00 qui aurait touché le jackpot.
06:02 Effectivement, c'était une nocardiose.
06:03 C'était une nocardiose
06:05 chez un immunocompétent.
06:06 Avec une forme un peu explosive,
06:10 en tout cas sur le plan de la clinique.
06:12 Et puis,
06:13 sur le plan de la radiologie,
06:17 en fait,
06:18 si on retourne autour de la famille,
06:21 on les interroge, etc.
06:23 Puis bon,
06:24 ils nous avaient raconté la vie normale
06:26 qu'ils n'avaient pas racontée au départ.
06:27 C'est que ce montagnard costaud,
06:31 il avait travaillé autour d'une cuve de mazout
06:34 qu'il avait déterré,
06:35 qu'il avait lavé,
06:36 qu'il avait passé au karcher, etc.
06:38 Et c'est très probablement,
06:40 même si on n'a aucune preuve,
06:41 c'est très probablement l'occasion
06:43 d'une inhalation massive de nocardia.
06:46 Et ça expliquerait sans doute
06:49 l'épisode pneumonique initial
06:51 et la contamination secondaire
06:54 et son syndrome neurologique.
06:55 Mais avouez que c'est pas banal du tout
06:57 de faire une nocardiose de cet ordre
07:00 chez un immunocompétent.
07:02 Je ne parle pas d'un immunodéprimé,
07:05 bien entendu.
07:05 Alors sur le plan des images,
07:08 voilà ce que ça donnait.
07:09 Vous avez en haut ici l'image du Gram.
07:14 C'est des bactéries allongées,
07:16 très filamenteuses.
07:17 Et voilà ce que ça donne en termes de biopsie.
07:21 C'est un granulome
07:24 qui n'a rien de tuberculeux,
07:27 mais avec une organisation cellulaire
07:29 en forme de granulome.
07:31 Alors les leçons à tirer
07:33 de ce cas clinique,
07:35 en fait,
07:36 elles figurent déjà
07:37 dans la recommandation
07:39 de la Société de Pathologie Infectieuse,
07:42 recommandation sur
07:44 que faire en cas d'encéphalite,
07:46 et où on dit de façon très forte
07:49 que la biopsie cérébrale
07:51 est un point clé
07:52 quand on ne comprend rien.
07:53 Voilà.
07:55 Donc vous êtes les sauveteurs.
07:57 C'est quand même valorisant.
07:59 Je trouve.
08:02 Je trouve.
08:03 Tout le monde se plante.
08:04 Personne ne comprend rien.
08:05 Et vous arrivez à un geste.
08:08 Et ça y est.
08:08 La lumière est.
08:10 Alors ça,
08:12 c'est quand même quelque chose
08:13 qui est à discuter
08:14 de façon multidisciplinaire.
08:16 Évidemment,
08:17 c'est une évidence.
08:20 C'est un grade A,
08:21 mais qui est enfoncé,
08:22 une porte ouverte.
08:23 La deuxième porte ouverte
08:25 à enfoncer,
08:25 ça a déjà été dit
08:26 dans un autre exposé,
08:28 c'est que le microbiologiste
08:30 doit être un partenaire
08:31 dans l'affaire
08:32 parce qu'il y a des modalités
08:33 de transport,
08:34 il y a des modalités
08:34 de recueil
08:35 qui font que le prélèvement
08:36 avec sa positivité
08:38 ou sa négativité
08:39 est fiable
08:39 ou ne l'est pas.
08:40 Donc ça,
08:41 c'est absolument fondamental.
08:44 Et puis,
08:44 ça doit comprendre,
08:47 bien évidemment,
08:48 une analyse microbio
08:50 aussi bien que l'analyse tissulaire.
08:52 Mais là encore,
08:53 ce sont des portes ouvertes
08:56 et c'est pour ça
08:56 que c'est du grade A
08:57 dans une recommandation.
08:59 Alors,
09:01 une fois
09:03 à vous avoir exposé
09:05 cette rareté récente,
09:06 je me suis dit
09:07 mais qu'est-ce que je vais bien
09:08 pouvoir leur raconter
09:08 parce que
09:09 les encéphalites,
09:10 les infections
09:11 du système nerveux central
09:12 rare,
09:14 il y en a plein,
09:14 mais en quoi
09:16 le neurochirurgien
09:17 va être l'élément déterminant.
09:19 Alors,
09:20 pas toujours,
09:20 mais vous allez voir,
09:21 il y a quelques fois
09:23 des interventions
09:26 essentielles.
09:27 Alors,
09:28 de quoi parle-t-on
09:30 en termes d'émergence ?
09:31 La vraie émergence récente,
09:33 moi,
09:33 que je vois
09:33 dans ce domaine-là,
09:34 ce n'est pas du tout
09:35 une infection,
09:35 ce sont les encéphalites
09:38 auto-immunes
09:38 qui ont été découvertes,
09:40 enfin décrites
09:41 en 2006
09:42 et qui,
09:42 de fil en aiguille,
09:43 ont imposé
09:45 leur présence
09:46 dans le panel
09:47 des étiologies
09:48 de ce type
09:49 d'infection
09:52 qui mime
09:53 une infection
09:54 ou même
09:54 qui,
09:55 maintenant,
09:55 on le sait,
09:56 de façon beaucoup plus précise,
09:57 est secondaire
09:59 à une infection.
10:00 Les encéphalites
10:01 auto-immunes,
10:02 c'est,
10:03 enfin,
10:03 en tout cas,
10:04 on trouve
10:04 des anticorps
10:06 auto-immuns
10:07 chez,
10:07 grossièrement,
10:08 30% des patients
10:09 qui ont fait
10:09 une encéphalite herpétique.
10:12 je dis apparition
10:13 d'auto-anticorps,
10:14 je ne dis pas
10:14 anticorps présent,
10:15 voilà,
10:16 non,
10:16 apparition d'auto-anticorps.
10:18 Ça,
10:18 il y a deux grosses séries
10:19 récentes
10:20 qui confirment ça,
10:22 une série suédoise
10:23 de l'équipe
10:23 de Marie Studahl
10:24 et une publication
10:27 toute récente
10:28 de l'équipe
10:29 de Dalmo.
10:29 Il faut,
10:32 bien sûr,
10:33 faire attention
10:35 aux mots,
10:35 c'est-à-dire,
10:36 il faut différencier
10:36 l'émergence,
10:37 l'apparition nouvelle,
10:38 de la dissémination,
10:40 on va en voir des exemples,
10:41 c'est-à-dire une pathologie
10:43 qui était quelque part
10:44 et puis qui se trouve
10:44 dans un endroit géographique
10:46 différent,
10:46 ça,
10:47 c'est une dissémination,
10:48 donc c'est une émergence
10:49 dans une zone géographique,
10:51 mais c'est pas la pathologie
10:52 qui est nouvelle,
10:53 et puis différencier
10:56 également
10:56 des alertes.
10:57 Et il y a
10:59 le dernier point
11:01 sur lequel il faut
11:02 s'attarder deux secondes,
11:03 c'est les difficultés
11:04 d'interprétation
11:05 des découvertes
11:06 de nouveaux virus.
11:07 C'est-à-dire qu'on a
11:08 maintenant des outils
11:09 tellement précis,
11:10 tellement performants,
11:12 qu'on trouve des choses
11:14 qu'on ne connaissait pas,
11:16 mais est-ce que
11:18 ces trucs-là,
11:19 virus en particulier,
11:20 est-ce que ces trucs-là
11:22 c'est vraiment responsable
11:23 d'une pathologie ?
11:25 Ah ben,
11:25 on n'en sait rien.
11:25 Il y a certaines fois
11:27 où on n'en sait rien.
11:28 C'est-à-dire que
11:29 vous pouvez parfaitement
11:30 vous trouver
11:30 avec une biopsie cérébrale
11:32 post-mortem
11:32 chez un individu
11:33 qui est décédé
11:34 d'une infection
11:35 neurologique,
11:37 vous trouvez
11:38 quelques séquences virales,
11:39 est-ce qu'il est responsable,
11:42 est-ce que ces séquences,
11:43 ce virus,
11:44 est responsable
11:45 du décès
11:47 ou pas ?
11:48 Donc là,
11:48 il y a un vrai problème
11:49 d'interprétation,
11:50 il y a un vrai problème
11:51 de recomposition
11:52 de notre façon
11:54 d'interpréter
11:54 les résultats microbiologiques
11:56 qui est extrêmement importante.
11:57 Avant,
11:57 on ne se posait pas
11:58 la question,
11:58 j'ai trouvé,
11:59 donc c'est ça.
11:59 Compte tenu des outils
12:01 qu'on a maintenant
12:02 à disposition,
12:04 c'est moins vrai,
12:05 c'est moins facile,
12:05 paradoxalement.
12:07 Alors,
12:09 un exemple
12:12 de dissémination,
12:13 le West Nile.
12:14 Le West Nile,
12:15 c'est une encéphalite virale,
12:16 le virus West Nile,
12:17 qui est vieux comme le monde.
12:19 Il est fort possible
12:21 que ce soit le virus
12:22 qui ait tué Alexandre Le Grand.
12:23 Ça nous remonte
12:24 à quelques semaines.
12:26 Eh bien,
12:29 ce virus
12:30 dont tout le monde
12:30 se contrefoutait
12:31 tant que c'était
12:33 dans sa zone originelle
12:35 qui est grossièrement
12:37 le Moyen-Orient,
12:37 eh bien,
12:39 on s'en foutait complètement,
12:40 mais c'est devenu
12:41 un problème mondial
12:42 quand ce virus
12:44 a infecté
12:45 des 50 et quelques patients
12:47 en plein Manhattan.
12:49 Vous imaginez
12:51 le ramdam
12:52 que ça peut faire.
12:53 Donc là,
12:54 c'est devenu un problème.
12:55 Et c'est devenu un problème,
12:57 et c'est vrai,
12:58 aux États-Unis,
12:58 à tel point
12:59 que ce virus
13:00 a envahi
13:00 l'ensemble
13:01 du continent nord-américain.
13:02 Ça,
13:03 c'est une dissémination.
13:04 Est-ce qu'en France,
13:06 on est susceptible
13:09 d'avoir des cas ?
13:11 La réponse,
13:11 c'est oui,
13:11 et on en a eu.
13:12 On en a eu
13:13 il n'y a pas très longtemps
13:14 dans le sud de la France,
13:15 du côté de Fréjus,
13:16 au printemps
13:17 et début d'été.
13:18 On a le vecteur
13:20 avec les moustiques
13:21 qu'il faut
13:22 pour transporter
13:22 ce type de virus.
13:24 et on a eu des cas
13:26 en France
13:27 après qu'il y en ait eu
13:28 en Italie,
13:28 par exemple,
13:29 avant nous.
13:31 Donc,
13:32 la France est un pays
13:34 où cette émergence géographique
13:37 est possible.
13:38 Et même,
13:39 plus que possible,
13:40 elle existe.
13:40 Donc,
13:41 ça fait partie
13:42 des diagnostics,
13:43 certes,
13:43 pour l'instant,
13:44 rares,
13:44 mais pour lesquels
13:46 il faut avoir
13:46 un oeil là-dessus.
13:48 Alors là,
13:48 c'est un exemple
13:50 tout à fait fondamental
13:52 du rôle
13:52 du neurochirurgien.
13:53 Certes,
13:54 il n'a pas guéri
13:55 les patients
13:56 puisque le diagnostic
13:59 a été apporté
14:00 par des prélèvements
14:00 post-mortem.
14:01 À vrai dire,
14:04 je dis neurochirurgien,
14:05 mais peut-être
14:06 que c'était
14:07 le médecin légiste
14:09 qui a fait
14:09 les prélèvements.
14:10 Mais bref,
14:11 je vous raconte,
14:13 parce que c'est
14:14 quelque chose
14:15 qui est typique
14:16 de l'émergence,
14:17 un bornavirus,
14:20 dont vous voyez
14:20 le nom ici,
14:21 peu importe,
14:22 trois patients
14:23 en 2011-2013
14:24 avec trois décès,
14:26 trois encéphalites
14:27 mortels.
14:27 Et ces gens-là,
14:29 ils avaient
14:30 comme point commun
14:31 d'être des éleveurs
14:33 et des vendeurs
14:34 de cette charmante
14:36 petite bestiole
14:37 qui est un écureuil
14:39 tacheté.
14:43 En fait,
14:45 le virus,
14:46 il a été identifié
14:47 après biopsie
14:48 par des techniques
14:49 de génie génétique
14:52 et il a été
14:53 également identifié
14:55 dans des organes
14:55 d'écureuils
14:56 qui ont été prélevés
14:57 a posteriori
14:58 dans l'animalerie.
15:00 Et à la suite
15:03 de cette découverte,
15:04 il y a eu
15:05 des dépistages
15:06 d'écureuils
15:06 en Allemagne
15:07 et en Hollande,
15:08 liés aux mêmes
15:09 distributeurs d'animaux,
15:10 et vous aviez
15:12 2,5%
15:13 ennemis
15:14 d'écureuils
15:16 qui étaient
15:16 positifs
15:17 vis-à-vis de ce virus.
15:17 Et a posteriori,
15:19 qu'est-ce qui s'est passé ?
15:21 Eh bien,
15:21 les Allemands
15:22 se sont dit
15:23 mais tiens,
15:23 c'est bizarre,
15:24 il y a encore
15:25 une encéphalite,
15:25 on n'a rien compris,
15:26 chez une,
15:28 toujours pareil,
15:28 une femme décédée,
15:29 donc ils sont allés
15:30 a posteriori
15:31 sur les prélèvements
15:32 qu'ils avaient gardés,
15:33 et ça,
15:33 c'est un point important,
15:34 c'est-à-dire que
15:36 moins on comprend,
15:36 plus il faut garder
15:37 des prélèvements biologiques.
15:39 Et donc,
15:40 ils avaient,
15:41 chez une femme
15:42 qui était en fait
15:42 la secrétaire
15:44 d'une des exploitations
15:46 d'animalerie.
15:49 Et elle était décédée
15:51 un an ou deux
15:51 avant les autres,
15:52 sans qu'il y ait eu
15:55 de diagnostic,
15:55 et donc on a rattaché
15:57 son décès
15:58 à ce virus.
16:00 Alors,
16:00 à partir de là,
16:02 quelles sont les conséquences
16:02 de la santé publique ?
16:03 Je veux dire,
16:04 il y a 4 cas en Allemagne.
16:05 Bon,
16:05 est-ce qu'il faut flinguer
16:07 tous les écureuils
16:08 qui se trouvent en Allemagne ?
16:10 Ça peut être une question
16:11 qui se pose.
16:12 Surtout,
16:14 et plus sérieusement,
16:15 ça souligne l'importance
16:18 de la métagénomique.
16:19 Quand on recherche maintenant
16:21 des agents pathogènes,
16:24 on a quand même
16:25 de meilleurs outils
16:26 pour trouver quelque chose,
16:27 et ça,
16:28 c'est relativement récent.
16:29 Le deuxième point,
16:31 c'est que
16:31 quand il y a des cas anormaux
16:33 auxquels on ne comprend rien,
16:34 il faut les rapporter.
16:36 Il faut les rapporter quelque part,
16:38 en France.
16:38 C'est un organisme pour ça
16:40 qui s'appelle
16:41 Santé publique France,
16:42 dans d'autres pays,
16:43 il y a des équivalents,
16:44 mais ce sont des structures,
16:46 des agences de l'État
16:47 dont la fonction
16:48 est d'avoir une vision
16:51 épidémiologique
16:52 sur ce qui se passe en France.
16:53 Et donc,
16:54 les cas bizarres,
16:55 anormaux,
16:56 il faut leur rapporter.
16:57 Après,
16:58 il y a une investigation,
16:59 ça débouche sur quelque chose
17:00 de concret ou pas du tout,
17:01 peu importe,
17:02 mais il faut les rapporter,
17:03 sinon on passe à côté
17:05 de ce genre de pathologie.
17:07 La troisième leçon,
17:09 c'est qu'il faut garder
17:10 des échantillons biologiques
17:11 et ça,
17:12 ça figure parfaitement
17:13 dans la recommandation
17:16 dont je vous parlais tout à l'heure.
17:17 Il faut garder
17:19 des tubes congelés
17:20 pour explorer plus tard,
17:21 soit dans l'immédiat,
17:23 parce qu'on a eu
17:24 une idée géniale
17:25 qui est venue
17:26 à la suite
17:26 de la négativité
17:29 des premières lignes
17:30 d'exploration,
17:31 soit parce que,
17:33 à posteriori,
17:34 on peut élucider
17:35 des affaires.
17:36 Et puis,
17:37 il faut discuter
17:38 la biopsie cérébrale.
17:39 On ne comprend pas.
17:41 Alors là,
17:41 bon,
17:42 les dégâts étaient déjà faits.
17:44 Mais il faut discuter
17:46 une biopsie cérébrale.
17:47 Alors la question,
17:48 c'est toujours la même.
17:49 C'est-à-dire qu'évidemment,
17:50 il y a un risque.
17:51 Évidemment,
17:52 ce n'est pas facile.
17:54 Et évidemment,
17:55 il faut discuter
17:56 l'éthique
17:57 de cette biopsie cérébrale,
17:59 c'est-à-dire
18:00 le bénéfice-risque.
18:01 Et il est très clair
18:03 que le bénéfice,
18:04 ce n'est pas toujours
18:05 un bénéfice
18:06 pour le patient lui-même.
18:07 Puisque,
18:09 si vous me demandez
18:10 quel est le traitement
18:12 vis-à-vis
18:12 de ce virus,
18:14 je vous dirais,
18:15 il n'y en a pas.
18:15 Donc,
18:17 le bénéfice individuel
18:18 est fortement discutable.
18:22 il s'est à mettre en balance
18:23 avec le bénéfice
18:25 de santé publique,
18:26 c'est-à-dire
18:27 le fait de repérer
18:29 une émergence,
18:30 le fait de repérer
18:31 une éventuelle épidémie,
18:32 etc.
18:33 Et l'infection neurologique
18:36 est vraiment
18:36 la partie visible
18:38 de l'iceberg
18:39 de plein d'infections,
18:41 parce que c'est
18:42 le plus grave,
18:43 le plus spectaculaire,
18:44 mais de plein d'infections
18:45 qui peuvent produire
18:48 des épidémies en France.
18:50 Un autre cas clinique
18:57 qui est intéressant,
18:58 le Lassa fever virus,
19:00 la fièvre de Lassa,
19:01 c'est un arénavirus,
19:02 peu importe,
19:03 qui est endémique
19:05 en Afrique de l'Ouest,
19:07 et voilà ce qui arrive.
19:08 Une femme de 73 ans,
19:09 elle séjourne
19:10 six semaines au Liberia,
19:11 ça débute par,
19:13 voilà,
19:13 une infection,
19:14 clairement,
19:15 une infection virale,
19:17 à J plus 9
19:18 de ces symptômes,
19:19 on dit
19:20 c'est une encéphalite
19:21 de cause inconnue,
19:23 et puis à J plus 26,
19:26 c'est-à-dire que
19:26 de 9 à 26,
19:28 personne n'a rien fait,
19:29 on dit
19:30 c'est une encéphalite
19:31 de cause inconnue,
19:31 et pourtant,
19:32 je connais bien
19:32 le service
19:33 où elle a été hospitalisée
19:35 en Suède,
19:36 c'est des gens
19:37 qui sont habitués,
19:38 vraiment,
19:39 et à J plus 26,
19:41 eh bien,
19:42 on fait le diagnostic
19:43 par PCR
19:44 de fièvre de Lassa.
19:46 Alors,
19:46 autour de cette personne,
19:49 ça fait partie
19:50 de la fièvre de Lassa,
19:51 des fièvres hémorragiques
19:52 virales,
19:53 c'est un petit Ebola,
19:55 si on veut
19:56 schématiser les choses,
19:59 pour vous situer le problème.
20:00 Et donc,
20:02 il y a 118 contacts
20:03 répertoriés
20:04 autour de cette patiente,
20:06 ils sont tous surveillés,
20:07 bien entendu,
20:08 pendant trois semaines,
20:10 et il n'y a pas
20:10 de cas secondaires,
20:12 tout va bien.
20:14 les leçons à tirer
20:15 de ce cas clinique,
20:16 la première,
20:16 c'est qu'une exposition
20:18 peut rester inconnue.
20:19 Il suffit que la personne
20:21 ne vous dise rien,
20:22 vous dise,
20:22 bah oui,
20:23 voilà,
20:23 ou qu'il soit inconscient,
20:25 ou que n'importe quoi.
20:25 Donc,
20:26 si vous ne posez pas
20:27 des questions précises,
20:28 vous n'avez aucune chance
20:28 d'avoir des réponses.
20:29 Deuxièmement,
20:30 la protection standard,
20:32 c'est ce qui a été appliqué,
20:34 comme dans tous nos hôpitaux,
20:35 quand on n'a pas
20:36 souci,
20:37 une obsession de contagion
20:39 à propos d'un cas précis,
20:41 eh bien,
20:41 la protection standard
20:43 qui a été appliquée
20:45 de J plus 9
20:46 à J plus 26,
20:47 eh bien,
20:48 c'était pendant une période
20:50 potentiellement contagieuse,
20:51 mais,
20:51 ou bien on dit
20:52 que la chance existe,
20:53 c'est pas interdit,
20:55 ou bien,
20:56 on dit que c'est suffisant.
20:58 En tout cas,
20:59 il n'y a pas eu
21:00 de cas secondaires.
21:01 Donc,
21:02 si on prend,
21:03 on dit,
21:03 bon,
21:04 la chance,
21:04 on ne va pas compter dessus,
21:05 ça veut dire que
21:07 les protections
21:08 telles qu'on les applique,
21:11 il faut les appliquer
21:12 strictement.
21:13 Et à cette condition,
21:14 la contamination
21:16 autour d'un cas
21:17 potentiellement
21:19 extrêmement contagieux
21:20 est extrêmement limitée.
21:23 Et puis,
21:23 quand il y a quelque chose
21:24 d'inexpliqué,
21:25 il faut toujours penser
21:27 au bizarre.
21:27 Ça,
21:29 c'est la troisième leçon.
21:30 Je ne sais pas,
21:32 je ne comprends pas.
21:33 Qu'est-ce qui pourrait
21:35 être bizarre là-dedans ?
21:36 Et on cherche le bizarre.
21:40 Alors,
21:40 il y a d'autres,
21:41 il y a d'autres raretés
21:42 que je voulais
21:44 vous montrer ici.
21:46 Ce sont les amibes.
21:49 Les infections
21:51 neurologiques centrales
21:53 liées aux amibes,
21:54 donc vous voyez
21:55 les charmants
21:55 petits noms ici.
21:56 Ce sont
21:58 des amibes
22:01 qui provoquent
22:02 des nécroses
22:03 dans le tissu cérébral.
22:06 ce sont des infections
22:08 qui sont létales.
22:09 Et s'il n'y a pas
22:12 de cas en France,
22:13 il y a les amibes.
22:15 Et pas si loin d'ici.
22:17 Vous savez,
22:19 dans l'eau
22:19 qui sort chaude
22:21 de la centrale nucléaire,
22:23 comment elle s'appelle
22:24 en allant vers...
22:26 dans la Drôme.
22:26 C'est quoi ?
22:30 C'est Pierrelatte.
22:31 Et en dessous
22:34 de Montélimar.
22:36 Dans l'eau chaude
22:38 qui est là,
22:39 l'eau chaude,
22:40 elle sert à
22:41 alimenter
22:42 la ferme
22:42 des alligators
22:43 et des crocodiles
22:44 qui est
22:45 de l'autre côté
22:45 de l'autoroute.
22:46 Mais elle contient
22:48 plein d'amibes
22:49 comme celle-là.
22:49 Pas de cas humains
22:50 pour l'instant.
22:53 Mais si vous avez
22:54 un truc inexpliqué
22:55 qui tourne mal,
22:56 pensez au bizarre.
22:58 Pensez au bizarre.
23:00 Et ça,
23:00 ça fait partie
23:01 du bizarre
23:01 pour l'instant
23:02 en France.
23:02 Alors,
23:06 les conclusions
23:07 de ce qu'on pourrait
23:09 tirer
23:09 de ces quelques anecdotes,
23:11 c'est la première chose,
23:14 c'est que les infections
23:15 du système nerveux central
23:16 sont des sentinelles
23:17 pour les infections émergentes.
23:18 C'est le plus spectaculaire
23:21 et c'est ce qui permet
23:23 de les repérer au mieux.
23:24 D'ailleurs,
23:24 les Américains,
23:25 pour comptabiliser
23:26 leur cas de West Nile,
23:27 ils regardent
23:28 les infections
23:28 à expression neurologique
23:30 et ils en déduisent
23:32 l'incidence
23:33 de l'infection
23:34 West Nile
23:35 chez eux.
23:36 Ça,
23:37 c'est le premier point.
23:37 Le deuxième point,
23:39 c'est l'importance
23:40 fondamentale
23:41 qu'il y a
23:41 à signaler
23:42 aux autorités sanitaires
23:43 les cas curieux
23:44 ou les cas uniques.
23:46 Ça,
23:47 il faut absolument
23:48 le signaler
23:49 parce que derrière,
23:49 c'est pas juste
23:51 envoyer
23:52 le samedi soir
23:53 à 23h
23:54 un papier
23:56 à une administration
23:58 en se disant
23:58 ça va bien les emmerder
23:59 ça pendant le dimanche.
24:00 Non,
24:01 c'est pas ça.
24:02 C'est que derrière,
24:03 il y a des actions
24:05 de santé publique.
24:06 Soit d'isolement,
24:07 soit chercher
24:08 ceci ou cela,
24:09 c'est fondamental.
24:10 Troisièmement,
24:13 les émergences,
24:14 elles sont rares,
24:15 on va le voir.
24:16 Elles sont très rares
24:17 et c'est quasi
24:19 leur définition
24:20 en tout cas.
24:21 Et puis,
24:22 le dernier point,
24:23 c'est que les animaux
24:24 exotiques de compagnie,
24:25 ils apporteront
24:27 toujours des agents
24:27 nouveaux.
24:28 Il y a des milliers
24:30 et des milliers
24:31 de virus animaux
24:33 qui circulent
24:34 qui pour l'instant
24:34 n'ont pas fait
24:35 de dégâts
24:35 chez l'homme.
24:35 C'est pas dit
24:37 que ça continuera.
24:38 Je vous rappelle
24:40 que le VIH
24:40 est un virus du singe.
24:43 lui,
24:43 il a eu du succès
24:45 en tant qu'épidémie.
24:46 Il a bien profité.
24:48 Et donc,
24:50 je le répète,
24:51 attendez toujours
24:52 l'inattendu.
24:53 Toujours.
24:55 Ça fait un peu
24:56 parano de dire ça,
24:57 mais...
24:58 Alors,
25:00 il faut cependant
25:01 surtout pas oublier ça.
25:02 C'est-à-dire
25:03 que la normalité,
25:04 c'est pas parce que
25:05 vous êtes parano
25:06 en disant
25:06 « Oh, à chaque fois,
25:07 ça va être un truc tordu ».
25:08 Non.
25:08 Le non tordu existe.
25:10 Et le non tordu,
25:12 le plus fréquent,
25:13 c'est l'herpès,
25:14 c'est le VZV
25:15 et là,
25:16 vous avez tout compris.
25:17 Je suis le pervers
25:19 qui vous a posé
25:20 les deux derniers QCM.
25:21 Le...
25:25 le...
25:25 troisième...
25:26 la troisième étiologie
25:27 en France,
25:28 c'est la TBE,
25:30 la Tick-Borne Encephalitis,
25:32 parce qu'il y a
25:32 une épidémie
25:33 actuellement en Suisse,
25:34 en Allemagne
25:35 et en Alsace
25:36 qui fait qu'il y a
25:38 énormément d'infections
25:39 neurologiques
25:40 à TBE
25:41 pour l'instant.
25:42 et dernier point
25:43 sur lequel j'insiste,
25:45 c'est que vous voyez
25:47 en bas,
25:47 là,
25:47 ici,
25:48 « Ah, mon Dieu,
25:51 la grippe ! »
25:52 3% des encéphalites,
25:55 ça, je vous le dis,
25:55 c'est sur grossièrement
25:57 500 encéphalites
25:58 qui sont en cours
26:00 de collection,
26:01 si on peut dire.
26:01 500 encéphalites
26:03 en France.
26:05 virus de la grippe,
26:06 3%.
26:07 Que 3% ?
26:10 Ou,
26:10 « Ah, mon Dieu,
26:11 mais c'est énorme ! »
26:12 Donc, le premier
26:13 qui me dit que la grippe
26:13 est une pathologie bénigne
26:15 et que c'est une raison
26:15 suffisante pour ne pas
26:16 se vacciner,
26:17 on le pend
26:19 haut et court.