Item 95 : Radiculalgie
Situations de départ
36 Douleur de la région lombaire.
66 Apparition d’une difficulté à la marche.
69 Claudication intermittente d’un membre.
71 Douleur d’un membre (supérieur ou inférieur).
72 Douleur du rachis (cervical, dorsal ou lombaire).
73 Douleur, brûlure, crampes et paresthésies.
97 Rétention aiguë d’urines.
121 Déficit neurologique sensitif et/ou moteur.
227 Découverte d’une anomalie médullaire ou vertébrale à l’examen d’imagerie médicale.
249 Prescrire des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).
250 Prescrire des antalgiques.
251 Prescrire des corticoïdes par voie générale ou locale.
259 Évaluation et prise en charge de la douleur aiguë.
260 Évaluation et prise en charge de la douleur chronique.
315 Prévention des risques professionnels.
316 Identifier les conséquences d’une pathologie/situation sur le maintien d’un emploi.
324 Modification thérapeutique du mode de vie (sommeil, activité physique, alimentation…).
326 Accident du travail.
339 Prescrire un arrêt de travail.
353 Identifier une situation de déconditionnement à l’effort.
| Rang | Rubrique | Intitulé | Descriptif |
| Définition | Définir les termes de syndrome canalaire, radiculopathie et plexopathie | – | |
| Diagnostic positif | Savoir diagnostiquer une radiculagie et formes topographiques | – | |
| Diagnostic positif | Savoir évoquer le diagnostic de plexopathie | Caractéristiques sémiologiques du syndrome de Pancoast-Tobias (plexopathie infiltrative) | |
| Étiologie | Connaître les étiologies des radiculagies | – | |
| Diagnostic positif | Connaître les diagnostics différentiels des radiculalgies | – | |
| Identifier une urgence | Identifier les situations d’urgence | – | |
| Examens complémentaires | Indication et hiérarchisation des demandes d’examens complémentaires devant une radiculalgie ou plexopathie | – | |
| Prise en charge | Argumenter le traitement de 1re intention d’une radiculalgie non compliquée | Traitement symptomatique : traitement médicamenteux et non médicamenteux | |
| Éléments physiopathologiques | Connaître la physiopathologie des syndromes canalaires | – | |
| Diagnostic positif | Savoir faire le diagnostic d’un syndrome canalaire | Caractéristiques sémiologiques d’un syndrome du canal carpien, d’une atteinte du nerf ulnaire au coude | |
| Examens complémentaires | Indication et hiérarchisation des demandes d’examens complémentaires devant un syndrome canalaire | – | |
| Identifier une urgence | Savoir reconnaître les signes de gravité d’un syndrome canalaire | – | |
| Diagnostic positif | Connaître les diagnostics différentiels d’un syndrome canalaire | – | |
| Étiologies | Connaître les étiologies des syndromes canalaires | – | |
| Diagnostic positif | Connaître les différentes formes topographiques les plus fréquentes de syndrome canalaire et radiculaires | Syndrome du canal carpien, le syndrome de compression du nerf ulnaire au coude | |
| Diagnostic positif | Connaître les autres formes topographiques des syndromes canalaires | Compression du nerf fibulaire au col de la fibule, atteinte du nerf radial dans la gouttière humérale | |
| Prise en charge | Argumenter le traitement de 1re intention d’un syndrome canalaire non compliqué | – | |
| Examens complémentaires | Connaître la sémiologie IRM d’une hernie discale | Débord discal venant au contact du sac dural souvent latéralisé du côté symptomatique, pouvant exercer un effet de masse sur une ou plusieurs racines | |
| Contenu multimédia | Exemple IRM hernie discale | – |
A Définition
Une radiculopathie est l’ensemble des symptômes liés à la souffrance d’une racine spinale (ou nerf spinal). Les radiculopathies entrent dans le cadre des syndromes neurogènes périphériques. La douleur (radiculalgie), de systématisation précise, peut s’associer à un déficit sensitif et/ou moteur dans le territoire innervé par la racine spinale atteinte (notion de dermatome et de myotome) et (lorsqu’il existe) à une abolition/réduction du réflexe ostéotendineux (ROT) correspondant. La forme la plus typique correspond à la radiculalgie L5 ou S1 d’origine discale, c’est-à-dire la « sciatalgie commune ». Toutes les racines spinales peuvent être le siège d’un processus pathologique à l’origine d’une radiculopathie.
B Diagnostic positif et formes topographiques
1 Interrogatoire
Le diagnostic est clinique. L’identification du territoire douloureux permet de caractériser la racine spinale en cause (tableau 3.1). La radiculagie peut présenter les caractéristiques suivantes :
Tableau 3.1
Sémiologie spécifique aux racines spinales le plus souvent atteintes.
| Racine spinale | Trajet de la douleur Territoire sensitif |
Déficit moteur | ROT |
| C5 | Face latérale de l’épaule et du bras | Abduction de l’épaule (deltoïde) | Bicipital |
| C6 | Face antérieure du bras Face antérolatérale de l’avant-bras Pouce |
Flexion du coude (biceps brachial) | Styloradial |
| C7 | Face postérieure du bras et de l’avant-bras 2e et 3e doigts |
Extension du coude (triceps brachial) | Tricipital |
| C8-T1 | Face médiale du bras et de l’avant-bras 4e et 5e doigts |
Flexion/abduction/adduction des doigts (fléchisseurs des doigts/interosseux) | Ulnopronateur |
| L3 | Fesse Face antérieure de la cuisse Face médiale du genou |
Extension du genou (quadriceps fémoral) | Rotulien |
| L4 | Fesse Face antérolatérale de la cuisse Face antérieure du genou Face antéromédiale jambe |
Extension du genou (quadriceps fémoral) Flexion dorsale du pied (tibial antérieur) |
Rotulien |
| L5 | Fesse Face latérale de la cuisse et la jambe Face dorsale du pied et des orteils |
Extension des orteils Éversion du pied (fibulaires) Flexion dorsale du pied (tibial antérieur) |
– |
| S1 | Fesse Face postérieure de la cuisse et la jambe Face plantaire du pied Bord latéral du pied 5e orteil |
Flexion plantaire du pied (triceps sural) | Achilléen |
Une radiculalgie des membres inférieurs apparaissant à la marche (claudication intermittente neurologique douloureuse), calmée par l’arrêt de la déambulation et le repos, évoque une souffrance radiculaire par un canal lombaire rétréci.
2 Examen physique
À l’examen clinique, on recherche :
Tableau 3.2
Échelle MRC (Medical Council Research) de cotation de la force motrice.
| 0/5 | Aucune contraction |
| 1/5 | Contraction visible et/ou palpable mais sans déplacement |
| 2/5 | Mouvements actifs possibles sans pesanteur |
| 3/5 | Mouvement actif possible contre pesanteur |
| 4/5 | Mouvement actif possible contre résistance |
| 5/5 | Mouvement actif possible contre forte résistance (force musculaire normale) |
Source : Medical Council Research, UK Research and Innovation.L’examen clinique permet également d’identifier :
Toute radiculopathie dans un contexte suspect de compression médullaire ou de syndrome de la queue de cheval est une urgence nécessitant une IRM du rachis.
A Plexopathies
Les plexopathies correspondent à l’ensemble des symptômes liés à la souffrance d’un plexus (c’est-à-dire l’anastomose complexe de plusieurs racines spinales). La systématisation des symptômes (douleur, paresthésies, hypo-/anesthésie, déficit de force musculaire, amyotrophie, abolition des ROT, déficits génitosphinctériens et/ou troubles vaso-/sudomoteurs) englobe les territoires des différentes racines spinales formant le plexus.
Les atteintes plexiques plus fréquemment observées au membre supérieur sont :
B Atteintes ostéoarticulaires régionales
C Atteinte vasculaire
D Atteintes de nerfs périphériques/syndrome canalaire
A Causes dégénératives
Ce sont les causes les plus fréquentes, principalement au niveau des segments « mobiles » de la colonne vertébrale (rachis cervical et lombaire), où les contraintes mécaniques sont les plus importantes.

Fig. 3.1
Scanner du rachis lombaire en coupe axiale.
Hernie postérolatérale droite du disque L5-S1.
Fig. 3.2
Hernie discale lombaire.
Une hernie discale L4-L5 peut entraîner une souffrance de la racine « passante » L5 si elle est en position paramédiane, ou une souffrance de la racine « sortante » L4 si elle est en position foraminale ou extraforaminale.
Source : dessin de Carole Fumat.
Fig. 3.3
IRM T2 coupes sagittale et axiale.
Hernie discale C5-C6, paramédiane et foraminale gauche.
B Causes tumorales
Parmi ces causes, il convient de distinguer :
C Autres
Plus rarement, on retrouve des causes infectieuses (abcès épiduraux, zona, maladie de Lyme), inflammatoires, traumatiques (fractures avec recul du mur postérieur).
Devant un épisode de radiculalgie commune, sans signe de gravité, aucun examen complémentaire ne se justifie lors de la prise en charge initiale (moins de 8 semaines d’évolution). Une imagerie sera demandée en cas de persistance des douleurs après 8 semaines d’évolution malgré un traitement conservateur bien conduit.
En cas de signe de gravité (radiculalgie hyperalgique, associée à une compression médullaire, à un déficit moteur ou à des troubles sphinctériens), l’imagerie doit etre réalisée en urgence.
Dans le cas d’une plexopathie, l’imagerie est systématique.
A IRM du rachis
Centrée sur le niveau déterminé par la clinique, elle est l’examen de première intention. L’injection de produit de contraste est réalisée en fonction du contexte et de l’hypothèse diagnostique.
L’IRM permet d’identifier une compression radiculaire et permet de rechercher aux étages cervical et dorsal une éventuelle souffrance médullaire associée (hypersignal T2 intramédullaire).
La sémiologie IRM d’une hernie correspond à un débord du disque intervertébral, qui alors ne se superpose plus exactement aux contours des plateaux vertébraux (fig. 3.4). La hernie peut être médiane, paramédiane (comprimant la racine « passante »), foraminale (comprimant la racine « sortante ») ou extraforaminale (idem). Dans le plan sagittal, la hernie peut être à hauteur de l’interligne intersomatique, à migration ascendante (crâniale) ou descendante. Par rapport au ligament longitudinal postérieur (LLP), elle peut être sous-ligamentaire (contenue par le LLP) ou exclue (migration transligamentaire, à travers une déchirure du LLP).
Fig. 3.4
Sémiologie IRM d’une hernie discale lombaire. IRM en coupes axiales et sagittales.
A. Hernie discale L5-S1 paramédiane droite, en contact avec la racine spinale S1. B. Hernie discale L3-L4 foraminale et extraforaminale droite, conflictuelle avec la racine spinale L3. C. Hernie L4-L5 médiane, comprimant les deux racines spinales L5. D. Volumineuse hernie discale L5-S1 exclue, comprimant la queue de cheval. E. Hernie discale L4-L5 à hauteur de l’interligne intersomatique, en hyposignal T1. F. Hernie discale L4-L5 à hauteur de l’interligne intersomatique, en hyposignal T2. G. Hernie discale L2-L3 à migration ascendante. H. Hernie discale L5-S1 à migration descendante.
La hernie apparaît en hyposignal T1 et T2. Une hernie symptomatique comprime une ou plusieurs racines spinales, voire l’ensemble du sac thécal/dural et de la queue de cheval en cas de hernie très volumineuse : refoulement/déplacement de la racine spinale par la hernie, disparition de la graisse épidurale périradiculaire, effacement du LCS en cas de hernie très volumineuse comprimant le sac dural.
B Scanner du rachis
Le scanner peut être un complément d’exploration pour l’analyse du cadre osseux à la recherche d’une :
C Radiographies standard du rachis
Incidences de face et de profil, complétées par des incidences de trois quarts lorsque l’on veut étudier les foramens intervertébraux/de conjugaison, notamment en région cervicale.
Ces radiographies permettent :
D Électroneuromyogramme
Cet examen n’explore que le système nerveux périphérique. Il peut être utile en cas de doute diagnostique avec une atteinte plexique ou tronculaire (par exemple syndrome du canal carpien).
Le principe du traitement repose sur la complémentarité du traitement symptomatique de la radiculalgie et du traitement de la pathologie causale (traitement étiologique). Les recommandations sont celles du comité d’experts de la Haute Autorité de santé (HAS) – les niveaux de preuve scientifique et les grades de recommandations sont les suivants : niveau A, preuve scientifique établie ; niveau B, présomption scientifique ; niveau C, faible niveau de preuve.
D’abord, éliminer une situation d’urgence et une radiculalgie dite symptomatique :
La prise en charge de la lomboradiculalgie commune de moins de 2 mois d’évolution est la suivante :