Items 134 et 135 : Neurochirurgie de la douleur chronique réfractaire
Situations de départ
34 Douleur aiguë postopératoire.
35 Douleur chronique.
249 Prescrire des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).
250 Prescrire des antalgiques.
258 Prévention de la douleur liée aux soins.
259 Évaluation et prise en charge de la douleur aiguë.
260 Évaluation et prise en charge de la douleur chronique.
261 Évaluation et prise en charge de la douleur de l’enfant et du nourrisson.
Objectifs pédagogiques
Hiérarchisation des connaissances
| Rang | Rubrique | Intitulé | Descriptif |
| Définition | Définition OMS de la douleur | – | |
| Éléments physiopathologiques | Bases neurophysiologiques de la douleur | Expliquer les mécanismes de la douleur aiguë et chronique, les systèmes de contrôle de la douleur | |
| Diagnostic positif | Savoir mener l’interrogatoire d’un patient douloureux | Localisation, irradiation, caractéristiques, antécédents, facteurs aggravants ou améliorants, retentissement psychologique… | |
| Diagnostic positif | Reconnaître une douleur aiguë et chronique chez l’adulte | Savoir évaluer les composantes et conséquences d’une douleur | |
| Prévalence, épidémiologie | Douleur aiguë en ville et à l’hôpital, douleur chronique | Notion de prévalence, de sous-estimation fréquente | |
| Diagnostic positif | Reconnaître et évaluer une douleur aiguë et chronique chez l’adulte | Connaître les outils et échelles d’évaluation de la douleur chez l’adulte communicant et non communicant (connaître le principe des échelles d’hétéroévaluation) | |
| Diagnostic positif | Les douleurs par excès de nociception | Connaître les principales étiologies des douleurs nociceptives | |
| Diagnostic positif | Les douleurs neuropathiques | Connaître les principales étiologies, les caractéristiques cliniques des douleurs neuropathiques | |
| Diagnostic positif | Les douleurs du cancer | Connaître les différents types de douleur du cancer et particularités de prise en charge | |
| Diagnostic positif | Les douleurs du sujet âgé | Connaître les principales étiologies, les outils spécifiques d’évaluation de la douleur du sujet âgé | |
| Diagnostic positif | Les douleurs nociplastiques : fibromyalgie, syndrome de l’intestin irritable | Reconnaître une douleur nociplastique/fonctionnelle et savoir l’expliquer aux patients |
| Rang | Rubrique | Intitulé | Descriptif |
| Prise en charge | Droit des patients à être soulagés d’une douleur | Connaître le cadre législatif et déontologique de la prise en charge de la douleur | |
| Prise en charge | Évaluation d’un traitement antalgique | Savoir fixer les objectifs d’un traitement médicamenteux et non médicamenteux. Connaître les moyens d’évaluation de son efficacité et de ses risques | |
| Prise en charge | Stratégies de prise en charge de la douleur nociceptive | Particularités de prise en charge de la douleur nociceptive : douleurs aiguës, post-traumatiques et postopératoires, douleurs procédurales | |
| Prise en charge | Stratégies de prise en charge de la douleur neuropathique | Particularités de prise en charge de la douleur neuropathique : antalgiques spécifiques, neurostimulation, approches non médicamenteuses | |
| Prise en charge | Antalgiques de palier 1 | Maniement du paracétamol, des anti-inflammatoires non stéroïdiens et du néfopam : efficacité, effets indésirables, risques | |
| Prise en charge | Antalgiques de palier 2 | Maniement des antalgiques de palier 2 : indications, effets indésirables, risques de mésusage | |
| Prise en charge | Antalgiques de palier 3 | Stratégies d’utilisation des opioïdes forts en douleur aiguë, cancéreuse et chronique bénigne. Analgésie multimodale, titration, analgésie contrôlée par le patient. Dépistage des mésusages | |
| Prise en charge | Principe de l’analgésie multimodale | Pour la douleur aiguë et chronique | |
| Prise en charge | Antidépresseurs à visée antalgique | Prescrire et expliquer l’intérêt d’un antidépresseur à visée antalgique | |
| Prise en charge | Antiépileptiques à visée antalgique | Prescrire et expliquer l’intérêt d’un antiépileptique à visée antalgique | |
| Prise en charge | Myorelaxants | Énumérer les principaux myorelaxants en fonction de leurs principales indications analgésiques, leur mécanisme d’action | |
| Prise en charge | Antispasmodiques | Énumérer les principales indications d’analgésie par antispasmodiques | |
| Prise en charge | Anesthésiques par voie locale et locorégionale | Être capable de prescrire et mettre en place un patch pour prévenir la douleur procédurale | |
| Prise en charge | Anesthésiques par voie locale et locorégionale | Énumérer les principales indications d’analgésie par anesthésiques locaux : patch pour douleur neuropathique, analgésie locorégionale | |
| Prise en charge | Connaître les modalités d’action, les indications, les contre-indications du protoxyde d’azote, ainsi que ses effets secondaires incluant le mésusage | ||
| Prise en charge | Prise en charge non médicamenteuse | Connaître les différentes approches antalgiques non médicamenteuses et leurs niveaux de preuve : acupuncture, hypnose, médecine manuelle et physique, ostéopathie, psychothérapie, thérapeutiques cognitivocomportementales/principes inspirés de l’hypnose conversationnelle pour tous : distraction, choix des mots, approche du patient algique ou ayant une procédure potentiellement douloureuse/neurostimulation | |
| Prise en charge | Éducation thérapeutique au traitement antalgique | Connaître les principales informations à délivrer aux patients | |
| Prise en charge | Effet placebo et douleur | Connaître les mécanismes de l’effet placebo en douleur, et son utilisation possible |
L’OMS et l’Association internationale pour l’étude de la douleur (IASP, International Association for the Study of Pain) définissent la douleur comme une « expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, associée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle ».
Cette formulation alambiquée souligne le caractère multidimensionnel de la douleur, qui ne se limite pas à une perception sensorielle mais comprend une part subjective, modulée par le contexte dans lequel elle survient, les expériences personnelles antérieures, des facteurs culturels, sociaux et psychologiques.
Il faut distinguer la douleur aiguë, « physiologique », qui est un symptôme jouant le rôle de « signal d’alarme » face à une agression de l’organisme ; et la douleur chronique ou douleur « maladie », qui perd sa fonction adaptative, envahit la vie quotidienne, devient invalidante et représente pour le patient l’essentiel de sa maladie.
La douleur est chronique lorsqu’elle persiste ou est récurrente au-delà de ce qui est habituel pour la cause initiale présumée. La durée d’évolution classiquement retenue pour définir une douleur chronique est comprise entre 3 et 6 mois. La douleur chronique est à l’origine d’un véritable handicap, avec une dégradation de la qualité de vie, une limitation importante des activités professionnelles et domestiques, et des répercussions psychologiques, familiales et relationnelles. Ainsi, la douleur chronique est un véritable défi médical, avec un coût social et économique élevé. La prise en charge de la douleur chronique relève de structures spécialisées (centres d’évaluation et de traitement de la douleur, CETD) et fait appel à des moyens pharmacologiques mais aussi non pharmacologiques, tels que l’approche psychologique ou la neurochirurgie.
La chirurgie est une solution de recours réservée à des patients rigoureusement sélectionnés, souffrant de douleurs à la fois chroniques et réfractaires. La chronicité est définie par une évolution des douleurs depuis 3 à 6 mois. Le caractère réfractaire est défini par l’échec préalable de toutes les alternatives non invasives, qu’elles soient pharmacologiques (médicaments antalgiques, avec l’essai de toutes les classes pharmaceutiques potentiellement efficaces), physiques (par exemple stimulation électrique transcutanée [TENS]) (fig. 6.1) ou psychologiques (par exemple thérapie cognitive et comportementale, hypnose).
Fig. 6.1
Stimulation électrique transcutanée (TENS).
Électrodes adhésives cutanées, ici positionnées au niveau de la région lombaire, connectées à un générateur d’implusions électriques (stimulateur) externe transportable. Les avantages sont liés à l’aspect non invasif et à l’absence d’effets indésirables généraux, contrairement à certains traitements pharmacologiques. Les principaux inconvénients sont liés à l’aspect peu pratique de l’application des électrodes (nécessité d’une tierce personne pour une application dans le dos par exemple), la gêne provoquée par les câbles de connexion, le transport du dispositif en journée, le décollement des électrodes en raison de la transpiration, les éventuelles allergies ou irritation de contact, la nécessité d’une éducation thérapeutique pour bien maîtriser le fonctionnement.
Source : dessin de Carole Fumat.
La décision de chirurgie repose toujours sur l’équipe pluridisciplinaire d’un CETD (centre d’évaluation et de traitement de la douleur), impliquant au minimun un algologue, un neurochirurgien, un binôme psychiatre/psychologue, et selon les cas un radiologue interventionnel, un médecin rééducateur et/ou un oncologue. Bien que la chirurgie soit une solution de recours, elle doit cependant être envisagée suffisamment tôt, sans attendre les effets secondaires indésirables des fortes doses d’antalgiques (par exemple opioïdes) ou l’altération de l’état général d’un patient souffrant de douleurs d’origine cancéreuse, qui ne pourrait alors plus tolérer correctement le traitement interventionnel. Pour cette raison, le neurochirurgien doit être partie intégrante du CETD, participant activement aux prises de décisions, et non pas seulement un simple correspondant.
A Voies de la nociception
Les tissus périphériques (peau, viscères, os, muscles) possèdent des récepteurs nociceptifs (ou nocicepteurs) sensibles aux stimuli nocifs de nature mécanique, thermique ou chimique. Les nocicepteurs correspondent aux terminaisons libres des neurones primaires Aδ et C, qui cheminent dans les nerfs périphériques puis les racines spinales dorsales (sensitives) de la moelle épinière. Leur péricaryon est contenu dans le ganglion de la racine spinale dorsale. Après pénétration dans la moelle épinière, ils font synapse dans la corne dorsale (zone de substance grise) avec les neurones secondaires du faisceau spinothalamique, lequel croise la ligne médiane à hauteur de chaque myélomère pour rejoindre le cordon antérolatéral (zone de substance blanche) et se diriger en direction ascendante jusqu’au thalamus. Du thalamus, de nouvelles projections (neurones tertiaires) se font vers les cortex d’intégration centrale de la douleur : cortex somesthésique secondaire pour la discrimination sensorielle et spatiale (type de douleur [piqûre, brûlure, etc.], intensité, localisation) ; insula et cortex cingulaire antérieur pour la composante affective et émotionnelle (caractère aversif et désagréable de la douleur).
B Contrôles inhibiteurs antinociceptifs
Parallèlement aux voies de la nociception, il existe à l’état naturel des voies de contrôle de la douleur, visant à diminuer la propagation des influx nociceptifs dans le système nerveux central.
1 Contrôle spinal segmentaire : la théorie de la « porte »
À hauteur de chaque myélomère, les neurones Aα et Aβ de la sensibilité lemniscale (tact épicritique et proprioception consciente), qui cheminent dans le cordon dorsal de la moelle épinière, émettent un prolongement collatéral en direction de la corne dorsale, exerçant une action inhibitrice (« ils ferment la porte ») sur la transmission des influx nociceptifs à destination du faisceau spinothalamique. C’est ce que l’on appelle la théorie de la « porte » (« gate control » des Anglo-Saxons) (fig. 6.2). Sa mise en jeu se fait de façon segmentaire, à hauteur d’un myélomère donné, et ne peut donc exercer un effet antinociceptif que sur le territoire (dermatome) correspondant.
Fig. 6.2
Théorie de la « porte ».
Source : dessin de Carole Fumat.
2 Contrôle supraspinal diffus : les opioïdes endogènes
Certaines structures supraspinales, comme par exemple la substance grise périaqueducale, sécrètent des opioïdes endogènes qui vont diffuser dans le système nerveux central en réponse à l’activation des voies ascendantes de la nociception. Leur mise en jeu exerce donc un effet antinociceptif diffus.
Il faut distinguer plusieurs types de douleur, dont les mécanismes, la sémiologie et les traitements sont radicalement différents.
A Douleurs par hyperactivité des nerfs crâniens
Dans leur forme primaire/essentielle, elles sont liées à un conflit vasculaire dans l’angle pontocérébelleux, le plus souvent tributaire d’une branche de l’artère basilaire (par exemple artère cérébelleuse supérieure, artère cérébelleuse postéro-inférieure [PICA]), venant pulser au contact d’un nerf crânien.
Tableau 6.1
Score DN4.
Question : Oui / Non
Question 1 : la douleur présente-t-elle une ou plusieurs des caractéristiques suivantes
1. Brûlure
2. Sensation de froid douloureux
3. Décharge électrique
Question 2 : la douleur est-elle associée dans la même région à un ou plusieurs des symptômes suivants ?
4. Fourmillements
5. Picotements
6. Engourdissements
7. Démangeaisons
Question 3 : la douleur est-elle localisée dans un territoire où l’examen met en évidence :
8. Hypoesthésie au tact
9. Hypoesthésie à la piqûre
Question 4 : la douleur est-elle provoquée ou augmentée par :
10. Le frottement
Oui = 1 point, Non = 0 point Score du patient : /10
Source : Bouhassira D et al. Development and validation of the Neuropathic Pain Symptom Inventory. Pain 2004 ; 108(3) : 248-57.Il peut exister des douleurs mixtes (excès de nociception et neuropathiques), combinant les deux mécanismes physiopathologiques. C’est par exemple le cas de certaines douleurs d’origine cancéreuse, lorsque la tumeur détruit les tissus et envahit les nerfs périphériques/plexus.
D Douleurs nociplastiques
Elles sont définies par l’IASP comme le résultat d’une altération de la nociception, malgré l’absence d’évidence claire en faveur d’une lésion tissulaire causant l’activation des nocicepteurs périphériques ou d’une maladie/lésion du système nerveux somesthésique.
L’arsenal thérapeutique comprend trois grands types de chirurgies, c’est-à-dire les chirurgies étiologiques, les chirurgies lésionnelles et les chirurgies modulatrices (ou neuromodulation).
A Chirurgies étiologiques
Leur principe est d’éradiquer la cause « anatomique » des douleurs, par exemple l’ablation d’un névrome ou la libération d’un conflit vasculaire responsable d’une névralgie du trijumeau.
Elles sont donc potentiellement curatives.
B Chirurgies lésionnelles
Leur principe repose sur la destruction sélective des voies de la nociception et/ou des GCD, pour interrompre/réduire la propagation des influx nociceptifs.
Elles sont irréversibles : la lésion anatomique créée est définitive, ce qui constitue le principal inconvénient dans le cas où elle ne serait pas parfaitement circonscrite aux voies de la nociception et s’accompagnerait de déficits neurologiques.
Les indications sont représentées par des douleurs unilatérales, de topographie limitée, essentiellement d’origine cancéreuse (et quelques cas très sélectionnés de douleurs neuropathiques). Les effets de ces interventions lésionnelles sont le plus souvent temporaires.
1 Radicotomies
Principes et technique
Principes et technique
Indications principales
Résultats
3 Cordotomie/tractotomie
Principes et technique
Résultats
Leur principe consiste à renforcer les contrôles inhibiteurs antinociceptifs.
Elles sont adaptables/programmables et réversibles, ce qui est essentiel pour assurer leur sécurité, leur personnalisation à chaque patient et leur optimisation tout au long du suivi.
On distingue les neuromodulations pharmacologiques (pompe programmable d’infusion intrathécale) et les neuromodulations électriques (par exemple stimulation épidurale de la moelle épinière et stimulation du ganglion spinal).
1 Pompe programmable d’infusion intrathécale
Principes et technique
La pompe est implantée en région abdominale sous-cutanée ; elle est connectée à un cathéter inséré par ponction percutanée dans les espaces sous-arachnoïdiens spinaux, à travers une aiguille de Tuohy (fig. 6.3).
Fig. 6.3
Pompe programmable d’infusion intrathécale.
Source : figure reproduite avec l’aimable autorisation de la société Medtronic.
Indications : douleurs de topographie diffuse, bilatérales ou étendues à la ligne médiane
Résultats
2 Stimulation épidurale de la moelle épinière
Principes et technique
Fig. 6.4
Radiographie du rachis thoracolombaire de face.
Électrode à 16 contacts introduite par voie ouverte dans l’espace épidural postérieur pour stimulation de la moelle épinière, dans le cadre de lomboradiculalgies neuropathiques chroniques post-discopathie.
Douleur neuropathique radiculaire ou tronculaire post-discopathie, d’origine diabétique, zostérienne, traumatique (par exemple amputation) ou chirurgicale, persistant depuis au moins 1 an.
Recommandations de bon usage édictées par la Haute Autorité de santé (HAS)
Validation de l’indication par une équipe pluridisciplinaire (CETD), après évaluation multidimensionnelle de la douleur (physique, psychologique, qualité de vie) ; l’évaluation psychologique est indispensable pour éliminer un trouble de la personnalité de mauvais pronostic, évaluer le retentissement des implants sur la représentation corporelle du patient, et comparer les attentes du patient avec les promesses objectives de la chirurgie.
Résultats
3 Stimulation du ganglion spinal
Principes et technique
L’électrode est positionnée dans le foramen de conjugaison, au contact du ganglion de la racine spinale ; elle est insérée par voie percutanée à travers une aiguille de Tuohy, puis connectée à un générateur d’impulsions électriques (stimulateur) implanté à distance en région sous-cutanée abdominale ou glutéale (fesse) (fig. 6.5).
Fig. 6.5
Radiographie du rachis thoracolombaire de face et de profil.
Électrode à 4 contacts introduite par voie percutanée dans le foramen de conjugaison L1-L2 droit pour stimulation du ganglion de la racine spinale L1, dans le cadre de DN en région inguinale, post-chirurgie d’herniorraphie.
Indications : DN périphériques
Pour aller plus loin
Mécanismes d’action de la stimulation épidurale de la moelle épinière
Le principal mécanisme d’action supposé de la stimulation épidurale de la moelle épinière repose sur la modulation de la propagation des influx nociceptifs à leur entrée dans la corne dorsale de la moelle épinière.
En 1965, Melzack et Wall ont publié un travail fondateur proposant une nouvelle théorie de la transmission des influx nociceptifs : le « contrôle de la porte » (ou gate control des Anglo-Saxons) (fig. 6.2). Cette théorie place la moelle épinière au centre d’une modulation fondamentale des influx nociceptifs en provenance de la périphérie, avant leur transmission vers les structures supraspinales d’intégration de la douleur. Deux systèmes somesthésiques afférents « s’affrontent » au niveau de la corne dorsale de la moelle épinière : un système composé des neurones nociceptifs de petit diamètre (Aδ et C) « qui ouvre la porte » à la douleur ; et un système composé de neurones non nociceptifs de gros diamètre (Aα et Aβ) « qui ferme la porte » à la douleur. Au niveau de la corne dorsale de la moelle épinière, ces deux systèmes se projettent directement sur le même neurone, point de départ de la voie spinothalamique, qui véhicule les influx nociceptifs en direction ascendante vers le thalamus puis les cortex d’intégration centrale de la douleur. La théorie de la « porte » fait aussi intervenir un interneurone de la corne dorsale (lame II de Rexed), qui reçoit les deux types d’afférences somesthésiques périphériques (Aδ-C et Aα-Aβ) et se projette sur le même neurone spinothalamique. Ainsi, une double modulation opère au niveau de la corne dorsale de la moelle épinière. Plusieurs preuves ont pu confirmer ce modèle dans le domaine expérimental, électrophysiologique, clinique et pathologique. En condition physiologique, un équilibre permanent évite la transmission d’un message nociceptif. Cet équilibre peut être rompu de deux manières : 1) soit par hyperactivation du système Aδ-C « prodouleur » – ce mécanisme est souvent observé dans les douleurs par excès de nociception – ; 2) soit par hypoactivité du système Aα-Aβ « antidouleur » – ce mécanisme est souvent observé dans les DN, par exemple après une lésion de la racine spinale. Le succès de la théorie de la « porte » a rapidement conduit à concevoir la stimulation électrique de la moelle épinière comme un moyen thérapeutique pour recréer une modulation des influx nociceptifs afférents de type « porte (re)fermée ». Ainsi est née la stimulation épidurale de la moelle épinière. Cependant, des mécanismes d’action supraspinaux/cérébraux concomitants commencent à être identifiés grâce à l’imagerie fonctionnelle et participeraient également au résultat antalgique.
Le choix de la solution la plus appropriée dépend du type de douleur (excès de nociception versus neuropathique), de sa topographie (circonscrite ou diffuse, unilatérale ou bilatérale/étendue à la ligne médiane) et de la localisation anatomique de la lésion causale (DN périphérique versus centrale). Il s’agit donc d’un traitement personnalisé, où la qualité du résultat antalgique postopératoire dépend directement de la rigueur des indications (fig. 6.6).
Points clés
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