Item 340 : Accidents vasculaires cérébraux hémorragiques
Situations de départ
12 Nausées.
13 Vomissements.
28 Coma et troubles de conscience.
42 Hypertension artérielle.
50 Malaise/perte de connaissance.
118 Céphalée.
119 Confusion mentale/désorientation.
120 Convulsions.
121 Déficit neurologique sensitif et/ou moteur.
127 Paralysie faciale.
130 Troubles de l’équilibre.
134 Troubles du langage et/ou phonation.
138 Anomalie de la vision.
143 Diplopie.
178 Demande/prescription raisonnée et choix d’un examen diagnostique.
226 Découverte d’une anomalie du cerveau à l’examen d’imagerie médicale.
230 Rédaction de la demande d’un examen d’imagerie.
231 Demande d’un examen d’imagerie.
233 Identifier/reconnaître les différents examens d’imagerie (type/fenêtre/séquences/incidences/injection).
327 Annonce d’un diagnostic de maladie grave au patient et/ou à sa famille.
Objectifs pédagogiques
Hiérarchisation des connaissances
| Rang | Rubrique | Intitulé | Descriptif |
| Définition | Connaître la définition et la classification des AVC | Ischémique (constitué et transitoire), hémorragique et veineux | |
| Prévalence, épidémiologie | Connaître les facteurs de risque des AVC | Facteurs de risque des AVC ischémiques et hémorragiques, leur importance relative et les risques vasculaires ultérieurs après un AVC (récidive, risque cardiaque) | |
| Identifier une urgence | Connaître l’urgence diagnostique et thérapeutique des accidents vasculaires cérébraux | – | |
| Éléments physiopathologiques | Connaître la physiopathologie de l’ischémie cérébrale | Zone centrale, zone périphérique (zone de pénombre) | |
| Diagnostic positif | Connaître les arguments cliniques diagnostiques en faveur des infarctus cérébraux constitués, accident ischémique transitoire, hémorragies intraparenchymateuses | Savoir faire préciser l’anamnèse au patient ou à son entourage et savoir chercher les signes neurologiques de localisation (territoire cérébral antérieur, territoire cérébral moyen, territoire cérébral postérieur, du tronc cérébral et du cervelet) | |
| Diagnostic positif | Énumérer les arguments du diagnostic de dissection d’une artère à destinée cérébrale | – | |
| Diagnostic positif | Énumérer les arguments du diagnostic de thrombophlébite cérébrale | – | |
| Diagnostic positif | Connaître les signes de gravité d’un AVC | – | |
| Étiologies | Connaître les principales causes d’AVC ischémiques | – | |
| Étiologies | Connaître les principales causes d’AVC hémorragiques | – | |
| Examens complémentaires | Connaître la stratégie d’explorations complémentaires à la phase aiguë d’un accident vasculaire cérébral | – | |
| Examens complémentaires | Connaître le bilan étiologique de première ligne d’un AVC ischémique et d’un AVC hémorragique | – | |
| Contenu multimédia | Exemple d’AVC ischémique en phase aiguë en IRM | – | |
| Contenu multimédia | Exemple d’AVC hémorragique profond en phase aiguë en TDM | – | |
| Prise en charge | Connaître les actions à réaliser lors de la phase préhospitalière | Notification préhospitalière de tous les acteurs prenant en charge le patient | |
| Prise en charge | Connaître les principes de la prise en charge à la phase aiguë de l’AVC ischémique | Thrombolyse, thrombectomie | |
| Prise en charge | Connaître les mesures mise en œuvre dans la prévention primaire et secondaire | Facteurs de risque vasculaire et handicaps moteurs, cognitifs et sensoriels | |
| Suivi et/ou pronostic | Connaître le pronostic fonctionnel et vital des AVC | – | |
| Suivi et/ou pronostic | Connaître les principes de l’évaluation du rapport bénéfice/risque de la prise en charge d’un patient atteint d’AVC | Transmission d’une information éclairée, prise en compte d’éventuelles directives anticipées en cas d’évolution défavorable |
Pour comprendre
Les hémorragies intracérébrales (HIC) (ou intraparenchymateuses, HIP) spontanées sont caractérisées par une irruption de sang au sein du parenchyme cérébral et dont la cause n’est pas traumatique. Elles représentent 10 à 15 % des accidents vasculaires cérébraux (AVC) et constituent, avec les hémorragies méningées, la catégorie des AVC hémorragiques. Elles sont dans la plupart des cas primitives, c’est-à-dire en rapport avec la rupture de petits vaisseaux lésés par l’hypertension artérielle (HTA) chronique ou l’angiopathie amyloïde. Elles peuvent aussi être secondaires (20 % des cas) à une lésion macroscopique sous-jacente comme un anévrisme artériel, une malformation artérioveineuse, une tumeur ou en rapport avec toutes causes de coagulopathie.
L’accident vasculaire cérébral (AVC) représente un problème majeur de santé publique en France, touchant 150 000 personnes par an.
Dans tous les cas, une symptomatologie neurologique déficitaire de survenue brutale ou des céphalées brutales et inhabituelles doivent faire évoquer le diagnostic d’AVC et justifient une prise en charge immédiate :
Toute suspicion d’AVC doit conduire à une imagerie cérébrale en urgence ; au mieux, une IRM (sinon, un scanner cérébral). L’imagerie permet d’assurer le diagnostic d’AVC hémorragique et donc permet une prise en charge thérapeutique adaptée.
Devant l’apparition de symptômes neurologiques de début soudain, le diagnostic d’AVC est évoqué en premier lieu, mais aucun signe n’est spécifique de la forme hémorragique. Les manifestations cliniques vont dépendre de la localisation de l’hématome et de son extension.
Par ordre de fréquence décroissante et sans considérer l’étiologie, les HIP affectent les régions profondes des hémisphères (55 % en territoire capsulothalamique), les lobes cérébraux (30 %), le cervelet (10 %), le tronc cérébral (5 %, préférentiellement le pont) (fig. 16.1).
Fig. 16.1
Coupe scanner montrant la localisation des noyaux gris centraux.
NC : noyau caudé ; L : noyau lenticulaire (putamen, pallidum) ; Th : thalamus. Ces noyaux délimitent en médial la zone de la capsule interne (CI) et en latéral, la capsule externe (CE).
Il faut souligner que 30 à 40 % des HIP contaminent le système ventriculaire avec un risque d’hydrocéphalie par blocage à l’écoulement du LCS.
L’HIP est un phénomène dynamique car, au-delà de la destruction des cellules et des fibres nerveuses touchées initialement par l’hématome, il existe souvent une dégradation neurologique secondaire, d’abord par extension de l’hématome, puis par des phénomènes inflammatoires entraînant un œdème cérébral autour de la lésion.
Étiologies des AVC hémorragiques :
Seule l’imagerie permet de différencier de façon certaine un AVC hémorragique d’un AVC ischémique (fig. 16.2)
Fig. 16.2
A. Scanner avec une hyperdensité capsulothalamique droite chez un patient hypertendu. B. IRM T2 FLAIR avec une hyperintensité. C. Écho de gradient avec les hypo-intensités de l’hémorragie.
HIP sur angiopathie hypertensive.
A Scanner cérébral
En pratique, en urgence, le scanner reste un excellent examen pour le diagnostic des HIP. Il reste cependant moins utilisé car il ne permet pas le diagnostic positif du principal diagnostic différentiel des HIP, l’AVC ischémique, contrairement à l’IRM. Au scanner sans injection de produit de contraste, l’HIP apparaît sous la forme d’une hyperdensité intraparenchymateuse spontanée associée à un éventuel effet de masse sur les structures adjacentes, et à une éventuelle contamination intraventriculaire (fig. 16.3).
Fig. 16.3
AVC hémorragique, hyperdensité à partir des noyaux gris centraux.
HIP sur angiopathie hypertensive.
Le diagnostic étiologique est souvent difficile avec :
une tumeur hémorragique (fig. 16.4) ;
Fig. 16.4
Patiente de 62 ans qui est connue pour un mélanome en rémission depuis 2 ans.
Elle présente brusquement des céphalées et des paresthésies de l’hémicorps droit. Le scanner (A) montre un hématome pariétal gauche. L’IRM T1 injectée (B) montre un processus tissulaire qui prend le contraste avec, en séquence écho de gradient (C), une hypo-intensité qui caractérise le saignement. Diagnostic de métastase de mélanome hémorragique.
une angiopathie amyloïde, donnant des hématomes volontiers multiples, plurifocaux, lobaires et récidivants (fig. 16.5) ;
Fig. 16.5
Patient de 84 ans qui présente une confusion.
Le scanner montre des hyperdensités multiples, plutôt cortico-sous-corticales. Angiopathie amyloïde. Pas de traitement spécifique.
Fig. 16.6
A, B. Hématome de fosse postérieure spontané, chez un patient de 43 ans, avec HTIC sur hydrocéphalie.
Il faut suspecter une malformation artérioveineuse (MAV) et, après mise en place d’une dérivation ventriculaire externe, on dirigera ce patient vers un angioscanner, voire une artériographie.
B IRM cérébrale
L’IRM du parenchyme doit comprendre absolument une séquence en écho de gradient (T2*) qui est la séquence sensible pour détecter un HIP récent. L’hématome va apparaître sous la forme d’un hyposignal intraparenchymateux. De plus, l’IRM permet de faire le diagnostic étiologique de l’HIP.
C Artériographie
L’artériographie ou angiographie cérébrale doit être discutée lorsque le spécialiste (neurochirurgien, neuroradiologue, neurologue) considère qu’il existe une forte suspicion de lésion vasculaire sous-jacente potentiellement accessible à un traitement spécifique neurochirurgical ou endovasculaire. Ces lésions sont principalement les MAV, certains anévrismes intracrâniens et les fistules artérioveineuses durales.
D Quand réaliser une imagerie vasculaire cérébrale (fig. 16.7) ?
Dans la plupart des cas, l’étiologie des HIP est évidente. Par exemple, chez un patient âgé, hypertendu chronique non traité, avec un hématome des noyaux gris centraux (NGC), le diagnostic d’angiopathie hypertensive est certain et une imagerie vasculaire non utile.
Fig. 16.7
Étiologies et bilan d’imagerie d’un hématome intraparenchymateux.
En revanche, on réalisera une imagerie vasculaire, en premier lieu angio-TDM ou angio-IRM, puis en seconde intention artériographie si :
Pronostic des HIP :
c’est une pathologie beaucoup plus grave que les AVC ischémiques ;
plus de la moitié des patients décèdent dans les trois premiers jours ;
les patients décèdent des complications neurologiques (engagement), mais aussi de complications de décubitus (embolie pulmonaire) et cardiopulmonaires ;
la mortalité est directement liée à l’âge avancé, l’état neurologique altéré, la grosseur de l’hématome ;
le risque de récidive est estimé à 2 % par année par patient et à 4 % lorsque la localisation est lobaire.
Les indications chirurgicales sont rares et sont fonction de l’étiologie :
angiopathie hypertensive :
Pour la prise en charge médicale et la prévention primaire des AVC hémorragiques, se reporter au référentiel du Collège des enseignants de neurologie.
Les AVC hémorragiques sont plus rares que les AVC ischémiques, mais ils sont plus graves. Il faut les évoquer devant tout déficit neurologique d’apparition rapide ou brutale. C’est l’imagerie cérébrale qui en fera le diagnostic de certitude. Si, dans la majorité des cas, il s’agit d’une angiopathie hypertensive, il faudra écarter les autres étiologies, par des examens radiologiques adaptés, qui modifient la prise en charge thérapeutique. La place de la chirurgie est limitée ; c’est le traitement médical dans une filière neurovasculaire qui optimisera la prise en charge.