Item 334 : Prise en charge immédiate préhospitalière et à l’arrivée à l’hôpital, évaluation des complications chez un traumatisé du rachis
Situations de départ
7 Incontinence fécale.
23 Anomalie de la miction.
65 Déformation rachidienne.
71 Douleur d’un membre (supérieur ou inférieur).
72 Douleur du rachis (cervical, dorsal ou lombaire).
73 Douleur, brûlure, crampes et paresthésies.
74 Faiblesse musculaire.
97 Rétention aiguë d’urines.
121 Déficit neurologique sensitif et/ou moteur.
175 Traumatisme rachidien.
227 Découverte d’une anomalie médullaire ou vertébrale à l’examen d’imagerie médicale.
231 Demande d’un examen d’imagerie.
233 Identifier/reconnaître les différents examens d’imagerie (type/fenêtre/séquences/incidences/injection).
243 Mise en place et suivi d’un appareil d’immobilisation.
247 Prescription d’une rééducation.
250 Prescrire des antalgiques.
259 Évaluation et prise en charge de la douleur aiguë.
276 Prise en charge d’un patient en décubitus prolongé.
327 Annonce d’un diagnostic de maladie grave au patient et à sa famille.
Objectifs pédagogiques
Prise en charge immédiate préhospitalière et à l’arrivée à l’hôpital d’un traumatisé du rachis.
Évaluation des complications chez un traumatisé du rachis.
Hiérarchisation des connaissances
| Rang | Rubrique | Intitulé | Descriptif |
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Définition | Savoir définir un traumatisé sévère | Patient victime d’un traumatisme dont l’énergie est susceptible d’entraîner une lésion menaçant le pronostic vital |
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Prévalence, épidémiologie | Connaître les causes de mortalité après un traumatisme | Mortalité précoce (hémorragie et traumatisme crânien), mortalité tardive (traumatisme crânien défaillance multiviscérale) |
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Diagnostic positif | Savoir identifier et caractériser les lésions cliniquement | Caractériser les lésions céphaliques, rachidiennes, thoraciques, abdominales, pelviennes, des membres |
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Diagnostic positif | Connaître les critères de gravité d’un traumatisé | – |
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Prise en charge | Connaître les principes de prise en charge préhospitalière des lésions | Hémostase, immobilisation des foyers de fracture, analgésie, lutte contre l’hypothermie, connaître l’impact négatif du temps jusqu’au geste d’hémostase |
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Prise en charge | Connaître les principes de réanimation préhospitalière | Traitement des défaillances ventilatoire (item 359), hémodynamique (item 332) et neurologique (item 334-crâne) |
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Prise en charge | Connaître les principes de la prise en charge diagnostique à l’arrivée à l’hôpital | Examen clinique, place des examens complémentaires, bilan lésionnel exhaustif |
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Prise en charge | Connaître les principes de la prise en charge thérapeutique à l’arrivée à l’hôpital | Poursuivre les manœuvres de réanimation, organiser la planification des interventions chirurgicales avec les équipes spécialisées, savoir demander un avis urologique devant toute uréthrorragie en vue du sondage urinaire |
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Prise en charge | Connaître les principales complications du traumatisé sévère à court, moyen et long termes | Infectieuses, thromboemboliques, psychiques, douleur |
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Définition | Connaître la définition d’une brûlure et de sa profondeur | Connaître les différents types de brûlure (thermique, chimique, électrique) et leur profondeur (atteinte histologique, évolution naturelle) |
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Définition | Connaître la définition d’un syndrome d’inhalation de fumées d’incendie | – |
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Éléments physiopathologiques | Comprendre le mécanisme des complications après une brûlure | Inflammation, œdème, atteinte de la barrière endothéliale, contraction du volume intravasculaire, perte de la barrière cutanée, syndrome compartimental et conséquences de l’ischémie, immunodépression |
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Éléments physiopathologiques | Comprendre la physiopathologie du syndrome d’inhalation de fumées d’incendie | Toxicité liée au défaut du transporteur (HbCO) et à la toxicité mitochondriale (cyanure), agression muqueuse directe thermique et chimique, obstruction bronchique, SDRA |
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Diagnostic positif | Savoir diagnostiquer une brûlure et la surface brûlée | Règle des neufs de Wallace, paume de la main du patient = 1 %, tables de Lund et Browder chez l’enfant. Le 1er degré ne compte pas |
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Contenu multimédia | Identifier une brûlure superficielle et une brûlure profonde | Photographies de brûlure du premier degré, du deuxième degré, du troisième degré |
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Identifier une urgence | Savoir reconnaître les signes de gravité d’une brûlure chez l’adulte et l’enfant | Identifier une brûlure profonde (2e degré profond, 3e degré), circulaire, cou, face, orifices, surface > 10 %), reconnaître une brûlure des voies aériennes |
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Contenu multimédia | Identifier une brûlure des voies aériennes | Photographies de brûlures des vibrisses, suies oro- et nasopharyngées |
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Prise en charge | Connaître les principes des soins locaux de brûlure | Refroidissement de la zone brûlée, prévention de l’hypothermie, pansements, analgésie, escarrotomie |
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Prise en charge | Connaître les principes de la prise en charge d’un brûlé (hors soins locaux) | Remplissage vasculaire, protection des voies aériennes, avis spécialisé |
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Prise en charge | Connaître les principes de prise en charge d’un syndrome d’inhalation de fumées d’incendie | Oxygénothérapie, hydroxocobalamine, ventilation mécanique protectrice, fibroscopie bronchique |
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Éléments physiopathologiques | Connaître la physiopathologie de l’atteinte des organes intrathoraciques après traumatisme | Décrire les mécanismes d’atteinte des organes intrathoraciques et l’incidence des atteintes |
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Diagnostic positif | Savoir suspecter un traumatisme thoracique | Identifier les signes évocateurs : anamnèse, inspection (signe de la ceinture, contusion, plaie) |
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Examens complémentaires | Savoir demander les examens complémentaires permettant le diagnostic de traumatisme thoracique | Échographie pleuropulmonaire, tomodensitométrie thoraco-abdominale avec injection de produit de contraste, radiographie de thorax, électrocardiogramme |
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Examens complémentaires | Savoir reconnaître un hémothorax et un pneumothorax sur une radiographie | – |
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Contenu multimédia | Radiographies d’hémothorax et de pneumothorax | – |
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Identifier une urgence | Savoir identifier les situations indiquant le recours à une thérapeutique de sauvetage | Pneumothorax suffoquant, syndrome hémorragique, détresse respiratoire, choc |
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Prise en charge | Connaître les principes de la prise en charge d’un traumatisme thoracique | Analgésie multimodale, drainage thoracique, assistance ventilatoire non invasive, exploration chirurgicale des traumatismes pénétrants, avis chirurgical spécialisé pour les cas complexes (rupture de l’isthme aortique, volet thoracique, lésions diaphragmatiques et cardiaques) |
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Éléments physiopathologiques | Connaître la physiopathologie de l’atteinte des organes abdominaux (intra- et rétropéritonéaux) après traumatisme | Décrire les mécanismes d’atteinte des organes intra- et rétropéritonéaux et l’incidence des atteintes |
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Diagnostic positif | Savoir suspecter un traumatisme abdominal | Identifier les signes évocateurs : anamnèse, inspection (signe de la ceinture, contusion, plaie) |
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Examens complémentaires | Savoir demander les examens d’imagerie permettant le diagnostic de traumatisme abdominal | Échographie abdominale, tomodensitométrie abdominale avec injection de produit de contraste |
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Identifier une urgence | Savoir identifier le recours à une thérapeutique d’hémostase en urgence chez l’adulte et l’enfant | Association d’une instabilité hémodynamique (PAS < 90 mmHg ou recours aux vasopresseurs ou transfusion préhospitalière ou réponse absente ou transitoire à l’expansion volémique) et d’un épanchement intrapéritonéal à la FAST |
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Prise en charge | Connaître les principes de la prise en charge d’un traumatisme abdominal chez l’adulte et l’enfant | Damage control chirurgical (hémostase, coprostase, lavage, fermeture incomplète), embolisation radiologique, réinterventions itératives, surveillance de la pression intra-abdominale |
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Éléments physiopathologiques | Mécanismes lésionnels | – |
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Éléments physiopathologiques | Classification des fractures ouvertes | Cauchoix et Gustillo |
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Diagnostic positif | Savoir suspecter à l’anamnèse et à l’examen clinique une lésion osseuse | – |
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Identifier une urgence | Savoir suspecter des complications vasculaires et neurologiques | – |
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Examens complémentaires | Connaître les indications et savoir demander un examen d’imagerie devant un traumatisé du membre et/ou du bassin | Si suspicion de fracture de membre, radiographie standard de face et de profil englobant les articulations sus- et sous-jacentes |
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Examens complémentaires | Connaître la sémiologie radiologique de base des fractures diaphysaires simples des os longs | Fracture = trait interrompant la ligne corticale |
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Contenu multimédia | Identifier une fracture diaphysaire des os longs | Exemples de fractures diaphysaires simples des os longs sur des radiographies |
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Examens complémentaires | Savoir rechercher des complications précoces | Vasculaires (artère poplitée notamment) : Doppler, angioscanner ; place respective de la kaliémie, de la créatininémie, des CPK et de la myoglobine |
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Prise en charge | Connaître des principes de prise en charge initiale d’une fracture | Alignement, antalgie, antibioprophylaxie, prévention du tétanos, avis spécialisé |
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Prise en charge | Connaître les principes de prise en charge des fractures ouvertes et fermées | Fractures fermées : orthopédiques ou chirurgicales ; mesures associées : analgésie multimodale, prévention de la maladie thromboembolique veineuse, rééducation, surveillance clinique (patient sous plâtre) et radiologique. Fractures ouvertes : traitement local (détersion, parage), suture sans tension, ostéosynthèse dictée par la classification de Gustillo, antibiothérapie |
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Prise en charge | Connaître les principes de prise en charge des principales complications des fractures | Aponévrotomie, hydratation, anticoagulation |
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Définition | Fracture du rachis, atteinte médullaire associée | – |
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Éléments physiopathologiques | Connaître les conséquences hémodynamiques et ventilatoires de l’atteinte médullaire selon le niveau lésionnel | – |
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Diagnostic positif | Circonstances, signes fonctionnels et physiques, savoir effectuer un examen neurologique complet et renseigner l’échelle ASIA | Échelle ASIA n’est pas à apprendre mais à savoir utiliser |
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Identifier une urgence | Connaître les symptômes devant faire suspecter une lésion médullaire | Syndrome lésionnel, syndrome sous-lésionnel |
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Prise en charge | Connaître les indications et les modalités des principes d’immobilisation | – |
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Examens complémentaires | Connaître les indications d’imagerie devant un traumatisé du rachis ou vertébromédullaire | Places respectives de la tomodensitométrie et de l’IRM et précautions à prendre |
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Prise en charge | Connaître les principes de prise en charge des traumatismes du rachis | Remplissage vasculaire, vasopresseurs, indication de ventilation mécanique, chirurgie, non-indication de la corticothérapie |
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Définition | Définition d’un traumatisé crânien léger, modéré et grave | En fonction du score de Glasgow |
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Éléments physiopathologiques | Connaître les principes physiopathologiques des lésions cérébrales traumatiques | Débit sanguin cérébral, pression de perfusion cérébrale, HTIC, lésions primaires et secondaires |
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Diagnostic positif | Savoir suspecter et diagnostiquer un traumatisme crânien | Clinique traumatologique, évaluation de l’état de conscience, traumatismes crâniens mineur/modéré/grave |
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Identifier une urgence | Identifier le traumatisé crânien grave | Savoir calculer le score de Glasgow, dépister des signes de localisation : motricité oculaire intrinsèque et extrinsèque, réponse motrice à la stimulation douloureuse |
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Identifier une urgence | Identifier le traumatisé crânien nécessitant une évaluation spécialisée | Notion de perte de connaissance, traitement associé, terrain, circonstances |
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Examens complémentaires | Savoir demander à bon escient l’examen d’imagerie pertinent devant un traumatisme crânien à la phase aiguë | Indications de la tomodensitométrie cérébrale |
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Contenu multimédia | Exemple TDM d’hématome extradural, sous-dural et contusions cérébrales | – |
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Prise en charge | Connaître les principes de prise en charge des traumatisés crâniens | Symptomatique, ACSOS, neurochirurgie |
A Segment mobile rachidien
Le segment mobile rachidien (SMR) correspond à l’ensemble des éléments discoligamentaires unissant deux vertèbres entre elles (fig. 5.1). Il comprend, d’avant en arrière :
Fig. 5.1
Le segment mobile rachidien, illustré au niveau du rachis cervical.
Ligament longitudinal antérieur (LLA) ; disque intervertébral (DIV) ; ligament longitudinal postérieur (LLP) ; capsules articulaires (CA) ; ligament jaune (LJ) ; ligament inter-épineux (LIE) ; ligament supra-épineux (LSE).
Source : dessin de Carole Fumat.
B Notions de stabilité/instabilité
La stabilité du rachis est sa capacité à maintenir, lors d’une contrainte physiologique, des rapports anatomiques normaux entre les vertèbres pour :
Au décours d’un traumatisme, lorsque les moyens d’union entre les vertèbres (SMR) sont rompus, ou lorsque l’atteinte osseuse est responsable d’une déformation traumatique significative, la fracture est jugée instable. L’objectif thérapeutique va être la restauration de la stabilité et la préservation des fonctions neurologiques.
C Instabilité discoligamentaire et osseuse
Les lésions rachidiennes traumatiques peuvent être classées en trois groupes :
Tableau 5.1
Types et fréquences des lésions observées en fonction de l’étage rachidien.
| Étage | Discoligamentaires | Osseuses | Mixtes |
| Cervical | 76 % | 6 % | 18 % (tear drop) |
| Thoracolombaire | 6 % | 79 % | 15 % (chance) |
Le type de lésion détermine la prise en charge thérapeutique, puisque, si l’on peut espérer une consolidation pour les lésions osseuses pures, les chances de cicatrisation d’une instabilité discoligamentaire sont minimes.
En cas d’atteinte osseuse du mur vertébral postérieur ou de luxation, les dimensions du canal rachidien peuvent être diminuées, avec des contraintes mécaniques directes sur la moelle épinière (traumatismes entre C1 et L1-L2) ou les racines spinales de la queue de cheval (traumatismes en dessous de L1-L2) (fig. 5.2 et 5.3).
Fig. 5.2
Scanner en coupe sagittale.
Fracture éclatement/comminutive de la vertèbre lombaire L1, avec recul du mur postérieur.
Fig. 5.3
Scanner en coupe sagittale.
A. Luxation cervicale C6-C7. B. Fracture-luxation thoracique T4-T5. Dans les deux cas, perte de l’alignement sagittal du rachis et effet de « baïonnette » sur le canal vertébral.
D Atteinte médullaire
Tout traumatisme du rachis doit faire rechercher une atteinte médullaire et des racines spinales de la queue de cheval, sur la base d’un examen neurologique minutieux.
L’atteinte médullaire post-traumatique correspond à la somme de deux lésions différentes : la lésion primaire, d’origine mécanique, qui a lieu au moment du traumatisme ; et la lésion secondaire surajoutée, d’origine vasculaire et biochimique, parfois appelée syndrome sus-lésionnel car elle peut s’étendre aux myélomères immédiatement sus-jacents à la zone comprimée.
La lésion primaire, inaccessible au traitement, correspond rarement à une section complète, mais plutôt à des lésions d’écrasement, d’étirement ou de cisaillement.
Les lésions secondaires ou AMSOS (agressions médullaires secondaires d’origine systémique), sources d’une aggravation du déficit neurologique initial, vont apparaître durant les heures et les jours qui suivent le traumatisme et vont avoir pour conséquence l’ischémie et la nécrose médullaire. Elles sont liées soit à des facteurs systémiques (hypoxie, hypotension artérielle, anémie, etc.), soit à des facteurs locaux (œdème, microhémorragies, altérations biochimiques avec libération de radicaux libres). L’œdème qui se développe initialement à l’endroit de la lésion va s’étendre progressivement aux segments adjacents. Seules ces lésions secondaires sont accessibles à la prise en charge médicale par le maintien d’une bonne pression artérielle (PA) et oxygénation sanguine (remplissage vasculaire, vasopresseurs, ventilation mécanique si nécessaire).
E Tétraplégie/paraplégie complète/incomplète
Les atteintes rachidiennes situées au-dessus de T1 correspondent à des tétraplégies/tétraparésies. En dessous de T1, on parle de paraplégies/paraparésies.
Le niveau de l’atteinte médullaire est désigné par le dernier myélomère fonctionnel. Par exemple, une tétraplégie/parésie de niveau C6 signifie que la flexion du coude est normale, cotée à 5/5 sur l’échelle MRC (Medical Council Research).
Une tétra-/paraplégie est dite complète lorsque tous les modes examinés (motricité volontaire, sensibilités tactile, profonde et thermo-algésique, fonctions sphinctériennes vésicale et anale) sont totalement déficitaires au-dessous du niveau lésé (elle correspond alors à un grade A de la classification de Frankel).
Le caractère complet ou non de la tétra-/paraplégie est capital à déterminer car il conditionne le pronostic neurologique de récupération d’une part et le degré d’urgence de la chirurgie d’autre part.
F Choc spinal
En cas de traumatisme médullaire, on observe initialement (pendant quelques jours) un tableau de paralysie flasque sous-lésionnelle avec abolition des réflexes ostéotendineux (ROT) : c’est le choc spinal (hypotonie et aréflexie). Il prend fin avec l’apparition de la phase d’automatisme médullaire, où plusieurs arcs réflexes autonomes récupèrent (libération des ROT et réapparition de réflexes archaïques) : installation d’une tétra-/paraplégie avec hypertonie spastique, syndrome pyramidal (ROT vifs, polycinétiques, diffusés ; signe de Hoffman ; signe de Babinski ; clonus de la rotule ; trépidation épileptoïde de la cheville).
La présence à la phase initiale d’un priapisme, d’une béance anale et la disparition du réflexe bulbocaverneux est un élément de mauvais pronostic.
G Conséquences hémodynamiques et ventilatoires de l’atteinte médullaire en fonction du niveau lésionnel
En cas d’atteinte médullaire haute (au-dessus de T6), on observe une chute de la PA systémique secondaire à la vasoplégie sous-lésionnelle (perte de la régulation sympathique) ainsi qu’une bradycardie parfois majeure (surtout en cas d’atteinte cervicale). On parle de choc neurogénique. On constate également une diminution des possibilités d’adaptation aux variations volémiques (hypotension artérielle orthostatique).
L’interrogatoire précise :
Fig. 5.4
Score ASIA sensitif.
Source : American Spinal Injury Association : International Standards for Neurological Classification of Spinal Cord Injury, revised 2019 ; Richmond, VA.
Tableau 5.2
Échelle MRC ( Medical Council Research ) de cotation de la force motrice.
| 0/5 | Aucune contraction |
| 1/5 | Contraction visible et/ou palpable mais sans déplacement |
| 2/5 | Mouvements actifs possibles sans pesanteur |
| 3/5 | Mouvement actif possible contre pesanteur |
| 4/5 | Mouvement actif possible contre résistance |
| 5/5 | Mouvement actif possible contre forte résistance (force musculaire normale) |
Source : Medical Council Research, UK Research and Innovation.Tableau 5.3
Score ASIA ( American Spinal Injury Association ) moteur.
| Innervation radiculaire prédominante | Mouvement testé | Côté droit⁎ | Côté gauche⁎ | |
| Membres supérieurs | C5 | Flexion du coude | ||
| C6 | Extension du poignet | |||
| C7 | Extension du coude | |||
| C8 | Flexion de la 3e phalange | |||
| T1 | Abduction du 5e doigt | |||
| Membres inférieurs | L2 | Flexion de la hanche | ||
| L3 | Extension du genou | |||
| L4 | Flexion dorsale de la cheville | |||
| L5 | Extension dorsale du gros orteil | |||
| S1 | Flexion plantaire de la cheville | |||
| Sphincters | S2, S3, S4 | Contraction anale volontaire | Oui/Non | |
| Score moteur | /50 | /50 |
⁎ Selon l’échelle MRC (voir tableau 5.2).
Source : American Spinal Injury Association : International Standards for Neurological Classification of Spinal Cord Injury, revised 2019 ; Richmond, VA.Tableau 5.4
Score de Frankel.
| Groupe | Description clinique |
| A | Atteinte complète : aucune préservation motrice ou sensitive au-dessous du niveau lésé |
| B | Atteinte motrice complète, mais préservation (même partielle) d’une fonction sensitive |
| C | Atteinte motrice incomplète, avec une force musculaire résiduelle non utilisable du point de vue fonctionnel |
| D | Atteinte motrice modérée : marche possible avec ou sans aide |
| E | Absence totale de déficit neurologique (moteur, sensitif ou sphinctérien) |
A Diagnostic positif d’atteinte vertébromédullaire
Au terme de l’examen clinique, il faut savoir distinguer un traumatisme rachidien sans déficit neurologique d’un traumatisme vertébromédullaire.
Le tableau clinique caractéristique d’une lésion vertébromédullaire regroupe un syndrome rachidien, un syndrome lésionnel et un syndrome sous-lésionnel.
B Formes topographiques
1 En hauteur
2 En largeur
La moelle épinière comprend une organisation anatomique/fonctionnelle transversale, où les voies longues de substance blanche sont réparties dans leurs cordons respectifs. Ainsi, certaines compressions « focales » (par exemple, unilatérales/latéralisées) pourront se manifester distinctement d’une compression plus « globale » :
Il faut particulièrement veiller, lors de la réalisation de ce bilan d’imagerie, à l’immobilisation parfaite du patient afin de ne pas générer de déplacement secondaire d’une lésion traumatique instable.
Par ailleurs, il faut se méfier des zones charnières, surtout la jonction cervicothoracique, souvent mal explorée avec les radiographies standards en raison de la superposition des épaules.
A Radiographies standards
Leur utilité persiste en cas d’impossibilité d’accès au scanner ou à l’IRM.
Des clichés dynamiques (essentiellement pour le rachis cervical) peuvent venir compléter les clichés statiques :
Fig. 5.5
A, B. Clichés dynamiques du rachis cervical ne montrant pas d’anomalie en flexion et extension : respect de l’alignement des vertèbres et recouvrement des apophyses articulaires. C. Autre patient, avec un cliché dynamique en flexion révélant cette fois-ci une décoaptation des apophyses articulaires (cercle bleu) témoin d’une instabilité.
B Scanner
C’est l’examen de référence, indiqué en première intention chez un polytraumatisé, un traumatisé du rachis ou un traumatisé vertébromédullaire.
D’accès facile et rapide, le scanner est très performant pour détecter les lésions traumatiques (fractures ; luxations).
Le bilan comprend une acquisition en fenêtres osseuse et parenchymateuse (tissus mous), avec reconstructions multiplanaires dans les trois plans. En cas de lésion traumatique détectée sur l’acquisition scanner corps entier, il faut compléter le bilan par une acquisition en coupes fines centrée sur la lésion. Le scanner confirme le diagnostic et permet l’analyse précise des lésions traumatiques élémentaires (tableau 5.5) :
Fig. 5.6
Scanner du rachis cervical (coupe sagittale).
Luxation des apophyses articulaires C6-C7 (cercle bleu), sans fracture associée (atteinte discoligamentaire).
Tableau 5.5
Éléments radiologiques à analyser sur les radiographies standards/le scanner devant la suspicion d’une lésion traumatique du rachis.
| Signes évocateurs d’une lésion traumatique | |
| Clichés de profil/coupes sagittales | Défaut d’alignement sagittal (antélisthésis ou luxation) Déformation en cyphose Trait de fracture Tassement corporéal (perte de hauteur par rapport aux vertèbres sus-/sous-jacentes) Recul du mur postérieur Ouverture discale anormale (perte de parallélisme) Écart interépineux anormal Décoaptation des apophyses articulaires |
| Cliché de face/coupes coronales | Déformation dans le plan frontal Trait de fracture Tassement corporéal (perte de hauteur par rapport aux vertèbres sus-/sous-jacentes) |
Le scanner permet généralement de déterminer le caractère stable ou instable de la lésion.
Ces éléments de sémiologie radiologique permettent de déterminer le type de fracture selon des classifications bien établies, qui vont guider la prise en charge thérapeutique (chirurgie versus traitement conservateur).
Par exemple, la classification AOSpine (fig. 5.7) est une classification alpha-numérique avec un gradient croissant d’instabilité (du type A au type C et du sous-groupe 1 au sous-groupe 4). Les lésions A3, A4, B et C sont considérées comme instables et le plus souvent traitées chirurgicalement.
Fig. 5.7
Classification AOSpine.
Source : dessin de Carole Fumat.
Fig. 5.9
Scanner du rachis thoracolombaire : exemple d’une fracture de type C (fracture-luxation T12-L1 avec composante rotatoire).
Fig. 5.8
Scanner du rachis thoracolombaire (coupe sagittale) : exemples de fractures de type A.
(Gauche) Type A1, avec tassement du plateau supérieur (flèches) et respect du mur vertébral postérieur. (Droite) Type A4, avec comminution étendue aux deux plateaux et recul du mur vertébral postérieur.
C IRM
L’IRM possède une meilleure résolution que le scanner pour l’évaluation des tissus mous (disques, ligaments et capsules articulaires) et de la moelle épinière (tableau 5.6). Par conséquent, elle est prescrite devant :
Fig. 5.10
IRM du rachis cervical (coupe sagittale).
Contusion de la moelle épinière cervicale, visible sous la forme d’un hypersignal T2 intramédullaire.
toute suspicion d’atteinte discoligamentaire (fig. 5.11).
Fig. 5.11
IRM du rachis cervical (coupe sagittale).
Lésions discoligamentaires incluant le disque C6-C7 (hypersignal) et une rupture des ligaments longitudinaux antérieur et postérieur.
Tableau 5.6
Place et intérêts respectifs du scanner et de l’IRM chez un traumatisé du rachis.
| Scanner | IRM | |
| Modalités | Coupes fines millimétriques Fenêtres osseuse + parenchymateuse Reconstructions multiplanaires (MPR) |
Séquences classiques T1 + T2 Séquences STIR et/ou FAT SAT (saturation de la graisse) pour mieux révéler l’œdème Coupes sagittales + axiales |
| Lésions détectées | ||
| Trait de fracture | +++ | + |
| Œdème de l’os spongieux et/ou du SMR | – | +++ |
| Évaluation de la sténose canalaire (recul du mur vertébral postérieur) | +++ | +++ |
| Moelle épinière | – | +++ |
| Ligaments | Signes indirects (perte d’alignement) |
++ |
| Disque | Signes indirects (perte de parallélisme) |
++ |
| Muscles | + | +++ |
| Hématome épidural | + | +++ |
A Immobilisation
Quelle que soit la situation du traumatisé (traumatisme isolé du rachis ou contexte de polytraumatisme), l’objectif principal va être l’immobilisation du rachis pour prévenir, en présence d’une lésion instable, tout déplacement secondaire menaçant les structures neurologiques (moelle épinière et racines spinales de la queue de cheval).
L’absence de déficit neurologique initial n’exclut pas l’existence d’une lésion traumatique instable du rachis.
Sur les lieux de l’accident et pendant toute la durée du transport, le ramassage du traumatisé obéit aux règles suivantes :
Prévention des AMSOS. Il est impératif de maintenir une bonne PA et oxygénation, et de contrôler la glycémie :Fig. 5.12
Exemples de corsets prescrits pour les traumatismes du rachis thoracolombaire.
Source : figure reproduite avec l’aimable autorisation de Frédéric Barral, société Lecante.
Fig. 5.13
Minerve rigide pour les fractures du rachis cervical inférieur C3-C7 (à gauche) et pour les fractures du rachis cervical supérieur C0-C2 (à droite).
Source : figure reproduite avec l’aimable autorisation de Frédéric Barral pour la société Lecante.
3 Chirurgie
Indications
Fig. 5.14
Radiographies standards du rachis cervical de profil.
À gauche : luxation C5-C6. À droite, après réduction (manœuvre externe) et abord antérieur du rachis cervical : discectomie C5-C6 puis arthrodèse intersomatique au moyen d’un greffon osseux autologue (crête iliaque) et d’une plaque vissée antérieure.
Fig. 5.15
Scanner du rachis thoracolombaire.
Fracture éclatement de L1 (type A4). Le traitement chirurgical a consisté à décomprimer les structures neurologiques par voie postérieure (c’est-à-dire laminectomie), à réduire la déformation en cyphose et à stabiliser la fracture avec une ostéosynthèse (crochets lamaires + vis pédiculaires T11-L2) et une greffe osseuse.
Fig. 5.16
Illustrations d’une cimentoplastie.
Le timing
1 Court terme
2 Moyen terme
3 Long terme
Points clés
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Vidéo 15
Ostéosynthèse du rachis cervical par voie antérieure.
Vidéo 16
Ostéosynthèse du rachis thoracolombaire par voie postérieure.
Vidéo 15 Ostéosynthèse du rachis cervical par voie antérieure.
Vidéo 16 Ostéosynthèse du rachis thoracolombaire par voie postérieure.